Depuis quelques temps, la polémique enfle autour du langage dit "inclusif', connu aussi sous le nom de langage "épicène". Même l'académie Française s'en mêle, pour déplorer les nouveautés (c'est son rôle...). Tout le monde s'étripe joyeusement autour de la féminisation des noms et des "e.es" et autres "iels", accusés de détruire la langue française. Ce faisant, la plupart des protagonistes passent, volontairement ou pas, à coté du vrai débat, celui de la demande d'inclusivité, qui va bien au-delà du langage.

C'est un sujet que je vois monter de manière impressionnante depuis quelques années, voire ces derniers mois. Une demande de plus en forte existe pour refuser toute forme de domination ou de violence symbolique exercée de manière "institutionnelle". Dans la langue française, la règle "le masculin l'emporte sur le féminin" est juste inacceptable. Les promoteurs de l'inclusivité veulent au contraire une véritable égalité, où tous se sentent à l'aise et libres, respectés dans ce qu'ils sont. Est "inclusif" tout ce qui fait que personne ne se sent brimé dans son identité, ni enjoint de changer pour se couler dans un moule social. Tout ce qui est considéré comme une "violence" et l'expression d'une domination est violemment rejeté. Cela explique par exemple l'extraordinaire impact de la campagne menée contre le harcèlement et les violences sexuelles, à la suite de l'affaire Harvey Weinstein. Pas plus tard qu'aujourd'hui, le ministre de la défense britannique est contraint à la démission pour avoir mis la main sur la cuisse d'une journaliste, il y a quinze ans. Certains vont hurler à l'excès, comme pour le langage inclusif, sans entendre (parfois volontairement...) le message et la demande sociale qui est derrière.

C'est pourtant une lame de fond qui déferle sur nous. Elle vient des États-Unis, comme bien souvent, et ne se limite à ces "excès" médiatiquement exploités pour leur aspect polémique. C'est une véritable révolution de la sociabilité qui arrive, et qui entend "déconstruire" pas mal de structures sociales (à commencer par le langage et les rapports interpersonnels), avec en ligne de mire, une redistribution du pouvoir au sein de la société. Les vieux mâles blancs ont un peu de souci à se faire pour rester au sommet de la pyramide. D'autant plus que ces inclusifs refusent justement le système pyramidale, pour quelque chose de plus horizontal, où la "norme sociale" est beaucoup moins forte et écrasante pour les individus. C'est encore balbutiant et maladroit. Il est clair qu'une partie des critiques contre l'écriture inclusive, telle qu'elle est pratiquée actuellement, sont justifiées. Les textes en deviennent illisibles, et ses promoteurs butent sur l'absence d'un genre neutre autonome dans la langue française. Mais les choses évoluent, et rien n'est figé dans ce domaine, tant les pratiques évoluent vite.

Il ne faut donc pas se tromper de débats, et s'étriper sur le symptôme, sans voir la transformation sociale profonde qui est à l'oeuvre. Même si elle reste encore confinée à certains milieux, elle est présente en force chez les jeunes générations, ces fameux "millénials" dont on nous dit tant de choses, sauf l'essentiel, à savoir les valeurs auxquelles ils adhèrent et cherchent à mettre en œuvre concrètement.