La conseillère de Paris Danielle Simonnet, élue France Insoumise, vient de se faire épingler parce que malgré des revenus très confortables, elle occupe un logement dit "social", pour un loyer de 30 à 40% en dessous des prix du marché. Le premier problème est que son bailleur est une dépendance de la ville de Paris, dont elle est une élue. Elle n'est pas la seule, mais quand on se dit de gauche, ça devrait gêner aux entournures. Le pire est qu'elle explique ne pas vouloir le quitter, pour ne pas participer à la spéculation immobilière et enrichir un propriétaire. Elle devrait prendre quelques cours de communication, cela lui éviterait de se tirer ainsi des balles dans le pied. Comment arriver à faire entendre, ensuite, un discours de rupture de gauche, où il est question de dénoncer les "cadeaux aux super-riches" ?

Elle n'est malheureusement pas seule à se retrouver dans une situation aussi scabreuse. Raquel Garrido, elle aussi militante "insoumise" et épouse d'un lieutenant de Jean-Luc Mélenchon, fait encore plus fort. Elle aussi occupe un logement dépendant de la ville de Paris, à un tarif en dessous des prix du marché. Avocate, militante, elle amorce il y a quelques mois un virage professionnel, en rejoignant la chaîne de télévision C8 comme chroniqueuse (en refusant de dévoiler le montant de ses émoluments). Son employeur est donc Vincent Bolloré, un homme d'affaires dont la manière d'agir est aux antipodes des positions de la France insoumise. Un grand écart qui ne semble pas la troubler. Si encore cette activité était destinée à "hacker le système médiatique", on pourrait éventuellement comprendre. Mais même pas, Raquel Garrido se servant de la tribune pour faire la propagande de son mouvement politique et se vautre dans les coups médiatiques tous plus ridicules les uns que les autres.

Ces comportements et attitudes pourrissent complètement le discours et la crédibilité du mouvement de la France insoumise. Ce mouvement se veut l'incarnation d'une gauche radicale, en quête de pureté militante et de rupture. Cela me semble assez incompatible avec l'acceptation, pour ne pas dire pire, du mode de vie bourgeois, bien confortable, avec un logement social, des mandats politiques dans des fiefs, qui vous mettent à l'abri du besoin. Comment peut-on se dire "insoumis" et accepter d'être une marionnette de la société du spectacle ? Surtout, comment des militants que cela choque également laissent-ils cela se faire ?

On arrive aux limites du modèle de la France Insoumise, qui est le cul entre deux chaises, se prétendant radicale, en rupture, mais jouant quand même le jeu du système. Il y a là une tension qui va être délicate à gérer. Le trou d'air du FN, complètement groggy, si ce n'est en coma politique, positionne Mélenchon en principal opposant, et donc alternative à Macron. Les très bons débuts de la France Insoumise à l'Assemblée nationale renforcent encore cette position, montrant qu'ils sont seuls à exister à gauche, à coté d'un PCF fossilisé et d'un PS mort-vivant. La droite se neutralise entre LR canal historique et constructifs, et ne semble pas en mesure d'occuper le terrain dans les deux ans qui viennent. Les attentes de la gauche vont être très forte, et donc la responsabilité n'en sera que plus pesante. Avec de telles failles, qui montrent qu'en fait, une bonne partie des dirigeants FI sont des bourgeois déguisés en révolutionnaires, ce mouvement va à l'échec.

Il ne sera pas en mesure de continuer à représenter de manière crédible ces franges de la population qui sont en marge du système. A un moment, la gauche "vraiment" radicale va les mettre devant leurs contradictions. Je vois mal Raquel Garrido et Danielle Simonnet prendre le maquis et vivre dans la clandestinité, dans le Larzac ou dans les cités de banlieues. Leur engagement politique est narcissique avant d'être au service d'idées et une partie des dirigeants de la gauche insoumise n'est certainement pas prête à aller au bout de la logique du discours qu'ils portent. On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas...