Le député LRM, M'Jid El Guerrab a choisi de quitter son groupe parlementaire, et de siéger parmi les non inscrits, après sa mise en examen pour violences aggravées. Cela entraine plusieurs conséquences, à commencer par un changement de commission. Alors qu'il était aux Finances, voilà qu'il se retrouve à la Défense.

Les places en commission sont attribuées aux groupes parlementaires, qui les répartissent entre leurs membres. Quitter son groupe revient à perdre sa place en commission. Mais comme tout député doit obligatoirement être membre d'une commission permanente (il y en a 8), les services de l'Assemblée lui attribuent une autre commission. Cette réattribution est une loterie, qui repose sur des clés de répartition très compliquées, car jouant sur les équilibres numériques entre les groupes, afin de permettre une répartition équitable. Les députés non-inscrits se retrouvent avec les restes, et prennent ce qu'on leur donne. Ni Richard Ferrand, président du groupe LREM, et encore moins le gouvernement, n'ont eu un quelconque pouvoir de décision sur l'attribution d'une place en commission de la Défense à M'jid El Guerrab.

C'est clairement moins avantageux pour lui. La commission des Finances est sans doute la plus intéressante pour un député, car tous les projets, à un moment donné, passent par la case "budget". Cette commission voit donc tout passer. Elle est dotée d'importants moyens de contrôle (que les députés sous-utilisent, mais c'est un autre problème). Tous les ans, elle a un gros boulot à la rentrée avec le budget. A l'inverse, la commission de la Défense n'a que peu de textes législatifs, la matière se prêtant peu aux lois. Ses membres passent surtout leur temps à écouter des militaires et des experts géostratégiques. Elle jete un oeil sur le budget de la Défense, mais pour avis seulement, car cela relève de la commission des Finances. Elle est intéressante pour un député qui se passionne pour ces questions, et pour ceux qui ont un régiment, une base aérienne ou un port de guerre dans leur circonscription. Cela permet d'entretenir des contacts avec l'armée, qui est parfois le premier employeur de leur circonscription. Ce n'est pas par hasard que la présidente de la commission, de 2012 à 2017, était la députée de Brest... M'Jid El Guerrab est député des français de l'étranger (circonscription de l'Afrique du Nord) et n'a donc pas d'enjeu autour des questions militaires.

Être député non inscrit, c'est également perdre les moyens du groupe, et se trouver réduit à ses propres moyens, à savoir trois assistants. Fini les notes techniques du groupe, l'accès aux informations politiques, les contacts privilégiés avec les membres du gouvernement et leurs cabinets. Les temps de paroles sur les textes de lois étant attribués aux groupes, les députés non-inscrits n'ont que des miettes. le nouveau député non inscrit peut espérer, au mieux, avoir droit de poser, le mardi et le mercredi, une question au gouvernement par an.

Seul et sans moyens, le député non inscrit est un parlementaire de seconde zone, qui ne pèse absolument rien et n'est pas en mesure, hormis sur quelques textes ponctuels, d'effectuer un véritable travail parlementaire.