Emmanuel Macron est un président limpide, pour qui sait où regarder et comment analyser. C'est un président qui entend exercer la plénitude de son pouvoir. Un président fort, qui ira au fond des choses et des réformes, et surtout, qui ne lâchera rien. Pour ceux qui ont pris l'habitude, depuis Chirac, d'un président qui se débine au bout de 48 heures de manifestation, cela va être un choc.

Deux éléments, a priori sans le moindre lien, ont été le déclic. D'abord l'avant-projet de loi sur le terrorisme. Un texte liberticide que Eric Ciotti pourra voter des deux mains. Il va au bout de la logique de la Police, en mettant la totalité des pouvoirs de l'état d'urgence dans le droit ordinaire. Je suis contre, au point d'avoir des scrupules (sinon plus) à voter En Marche dimanche prochain. Mais je reconnais une cohérence dans cette décision politique. Emmanuel Macron ne fait pas dans la demi-mesure. Autre élément, la ministre du Travail qui porte plainte suite à la fuite dans la Presse de documents de travail sur la réforme du droit du travail. Cela ne fait que confirmer une orientation de non-complaisance vis-à-vis de la Presse. Journaliste d'investigation va devenir un vrai sport de combat. Fini les leaks qui arrivent par porteur spécial avec gyrophare. Il faudra désormais aller les chercher avec les dents, en faisant prendre des risques aux sources. On peut ne pas approuver, mais il faut reconnaitre une forme de cohérence dans ce refus des complaisances dans lesquelles le pouvoir politique a sombré ces 5 dernières années.

C'est une manière d'exercer le pouvoir qui me convient assez bien. Un président est élu, il a une majorité, il fait le job, en ne se laissant pas intimider, et en restant à sa place. L'inverse de ce que faisait François Hollande. Les choses seront claires, et cela permettra plus facilement de voir qui est responsable, afin de demander des comptes. C'est comme cela que je conçois l'exercice du pouvoir politique.

Mais cela implique l'existence de vrais contre-pouvoirs. Je n'attends rien des députés de la majorité, qui ne tiennent leur légitimité que du résultat de la présidentielle. Ce sera encore plus criant en 2017 que les fois précédentes. Toute opposition de leur part sera un bonus, une bonne surprise. Les vrais contre-pouvoirs, ce sera la magistrature judiciaire, la société civile et la Presse. Or, les trois sont pas très en forme, même si dans les trois cas, les ressources existent pour rebondir. Le premier test va être la manière dont les magistrats vont traiter la plainte de la ministre du Travail. Il est évident que la divulgation des projets d'ordonnances sur la réforme du travail relève du débat d'intérêt général. Il n'y a donc aucun abus de la liberté de la presse, bien au contraire. Les journalistes qui ont sortis ces documents ont fait leur boulot. Les personnes qui leur ont passé les documents sont des lanceurs d'alerte, car ils permettent un débat public sur un sujet majeur.

La société civile va aussi avoir un grand rôle à jouer. Je n'attends pas grand chose des syndicats et autres organisations encroutées, qui vivent en rentiers du dialogue social et ne représentent plus qu'eux-mêmes et vivent d'argent public, versé directement ou de détournements sur lesquels le pouvoir politique ferme les yeux. La vraie opposition, ce sont des organisations réellement indépendantes, qui ne dépendent pas financièrement du pouvoir politique. Ce sont celles qui n'hésitent pas à aller au bout de leur logique, au risque de mécontenter le pouvoir en place. Malheureusement, cette société civile française est fragile, car elle est mal financée (si vous voulez faire un geste, ils vont en avoir besoin) et les français n'ont pas la même tradition d'investissement et d'engagement que les anglo-saxons.

Pour ce qui est de la Presse, on ne peut avoir que de bonnes surprises, vu le niveau où elle est tombée. Je ne suis pas désespéré pour autant, car je sais que nous aurons des bonnes surprises. Je ne sais pas d'où elles viendront, ni sur quels sujets. Je sais qu'il reste en France des journalistes qui font leur boulot. Il faut juste que les rédacteurs en chef se fassent greffer des couilles...