Une première phase du quinquennat vient de s'achever, celle de la constitution du gouvernement et des investitures aux législatives. Elle fixe en partie le champ et les premiers équilibres de pouvoirs au sein de la future majorité présidentielle. Elle est très riche d'enseignements.

La période se prête aux séismes et aux recompositions politiques. La nomination d’Édouard Philippe, un élu LR inconnu du grand public, mais venu du cœur du système politique de droite, n'a pas donné, pour l'instant, de grands résultats, même s'il est un peu tôt pour tirer un bilan complet. Seulement deux ministres de droite sont entrés, Bruno Le Maire et Gérald Darmanin. Un certain nombre d'entre eux ont répondu à l'appel, mais cela ne s'est pas traduit, pour l'instant, par autre chose que signer une tribune prudente. Pour le moment, Emmanuel Macron n'a pas cassé le parti LR, mais l'affaire n'est pas terminée, et il faut attendre le résultat des législatives. Dans ses investitures, Emmanuel Macron a laissé le champ libre à des députés du centre droit, qui peuvent éventuellement former un groupe parlementaire autonome, ou au moins montrer une compréhension de sa politique. Si le groupe LR n'explose pas, il va être soumis à des tensions importantes, qui pourraient neutraliser une partie des ardeurs de l'opposition, plus occupée à se chamailler qu'à combattre le gouvernement.

A gauche, Emmanuel Macron a achevé sa razzia, en accordant une grâce à certains députés, dont Manuel Valls. Ils ne seront pas investis par En Marche, mais n'auront pas de candidat contre eux. C'est une demi mesure que je regrette un peu (notamment pour Valls, qu'il aurait fallu achever politiquement). Je peux toutefois comprendre ce choix, par une volonté de ne pas avoir un "assassinat politique" sur la conscience. Si jamais Valls est battu, Macron ne veut pas que son fantôme politique revienne le hanter pendant tout le quinquennat. Le PS va probablement exploser, en se prenant un branlée mémorable aux législatives. Il va finir comme son homologue grec, le Pasok, qui est passé d'une majorité absolue au Parlement à 10 députés. S'il n'y a plus de poste à préserver, chacun sera libre de partir de son côté. Une partie d'entre eux, les hamonistes notamment, pourraient se rapprocher des Verts et éventuellement des communistes, pour créer un parti de "gauche radicale", qui pourrait absorber les restes du mélenchonisme. Le champ de la gauche réformiste serait complètement absorbé par En Marche.

La composition de la majorité a été plus compliquée, et porte en germe des problèmes futurs. François Bayrou a montré qu'il n'entendait pas se fondre dans un grand parti, et que le Modem conservera son autonomie. Le coup de gueule politique qu'il a poussé, pour avoir davantage d'investis, a payé. Il a réussi à forcer la main d'Emmanuel Macron. C'est sans doute là son principal échec. Il risque, pendant tout son quinquennat, de devoir sans cesse courir après le Modem, qui a le potentiel d'être le groupe des frondeurs d'En Marche. Je pense qu'il n'aurait pas dû céder car, en lâchant prise, il a montré que "la politique à l'ancienne" fonctionne encore. Si on veut changer la manière de faire de la politique, dans les moments décisifs, il ne faut pas avoir la main qui tremble, et il faut savoir flinguer. Même si Macron peut être reconnaissant à Bayrou de l'aide qu'il a apporté, et de la loyauté dont il a fait preuve pendant la campagne, il a quand même été élu avec 66% des voix. La donne a changé, c'est lui le patron, il doit s'imposer.

J'attends maintenant la suite, pour voir la révolution dans les pratiques de gouvernement. Le casting du gouvernement est un excellent signal, car tous les ministres ont une légitimité à être là où ils sont. On est à des années lumières des pratiques de Hollande, qui nommait ministre un incompétent notoire comme Harlem Désir, juste pour le faire dégager de la tête du PS. Mis à part Nicolas Hulot, où j'ai des doutes sur sa capacité à assumer politiquement son rang de numéro 3 du gouvernement, ce gouvernement est parfait. Ce n'est qu'une première étape, nécessaire mais non suffisante. C'est sur la manière de gouverner que j'attends maintenant la nouvelle majorité, sur sa capacité à apporter des changements profonds, et à les faire durer.