L’imbroglio autour de Manuel Valls, exclu du PS et refusé chez En Marche est une illustration parfaite de la sidération des élites en place, face à Emmanuel Macron, qui refuse de jouer avec leurs règles du jeu. Que ce soit les intéressés ou les commentateurs issus du sérail, ils ne comprennent pas que les choses sont en train de changer vraiment, et qu'ils vont en être les victimes.

Manuel Valls est un homme politique de l'ancienne époque. Il a trahi le Président de la République en le poussant à ne pas se représenter, après avoir poussé dehors son prédécesseur à Matignon. Il se plante lors des primaires de son parti, puis bafoue ouvertement son engagement de soutenir le vainqueur de la primaire, en annonçant qu'il votera pour un autre candidat, avant même le premier tour. Voilà qu'une fois Emmanuel Macron élu, il tente de s'inviter dans la majorité présidentielle, en mettant le pied dans le porte et en jouant l'épreuve de force. Il a toujours procédé ainsi, et se dit que cette fois-ci, ça marchera encore. Il n'est plus à une trahison près, et de toute manière, le respect de l'électeur, de ses camarades et de ses engagements n'est pas sa tasse de thé. Il pense qu'il "apporte" quelque chose à Emmanuel Macron, de part son statut d'ancien Premier ministre, de sa notoriété, et que le nouveau président n'osera pas le laisser sans rien sur le bord du chemin, lui Manuel Valls, ancien Premier ministre. Et il s'aperçoit que le nouveau président a osé...

Et là, c'est la sidération, pas seulement chez Valls, mais également chez tous les habitués de la vie politique française. J'ai entendu, à plusieurs reprises, une réflexion qui dit tout de l'état d'esprit de la caste des installés : "mais comment peut-on traiter ainsi un ancien Premier Ministre ?". Cela résume tout. Les insiders ne comprennent pas que l'on puisse traiter l'un des leurs comme une personne ordinaire. "Comment cela, refuser un passe-droit à un ancien Premier Ministre, juste inimaginable, et franchement impoli et inélégant". Le pire, c'est qu'en plus, on le laisse à la porte, sans parachute doré, sans recasage. On ne lui laisse même pas un poste de simple député, que les grands fauves de la politique considèrent comme leur RSA. Là, d'un seul coup, ils découvrent qu'en fait, c'est non seulement possible, mais c'est maintenant la norme. L'une des promesse de Macron est de renouveler en profondeur la vie politique, à commencer par ses visages. C'est juste ce qu'il est en train de faire, en virant les caciques socialistes qui sont dans le circuit depuis beaucoup trop longtemps. Emmanuel Macron montre avec cette affaire qu'il est résolu à changer également les pratiques. Il n'y a plus la file d'attente des privilégiés, et celle du menu peuple. Tout le monde est logé à la même enseigne. Si tu veux être candidat pour En Marche, tu vas sur le site, tu remplis le formulaire, que tu sois caissière en supermarché ou ancien Premier Ministre. Pour certains, c'est une humiliation infligée à Manuel Valls, et ils s'en indignent. Pour moi, c'est juste un grand bol d'air, et un retour à une égalité républicaine normale.

Depuis dimanche soir, la plupart des commentateurs politiques, notamment ceux qui hantent les plateaux de télévision, sont comme perdus. Ils cherchent à plaquer les vieilles grilles de lecture sur l'action d'Emmanuel Macron, d'où l'impression qu'ils donnent d'être complètement à coté de la plaque dans leurs analyses. Ils n'ont tout simplement compris qu'Emmanuel Macron fait un truc qu'il na pas été fait depuis des décennies : il tient ses promesses, et n'accepte pas de jouer avec les règles du jeu en vigueur jusqu'ici. Il suffit d'écouter ses discours de campagne, tout y est. Il a été élu sur la promesse de rénovation et dès le premier jour, il s'attaque au cœur du problème, l'existence d'une élite consanguine, qui se croit à l'abri de tout, et qui prétend diriger le pays en ne tenant pas compte du peuple. Ce qu'il met en œuvre, c'est une forme d'abolition des privilèges, une nouvelle nuit du 4 août 1789. La France en a bien besoin, c'est même vital si le pays veut redémarrer et sortir du marasme politique dans lequel elle se trouve.