Députée des Côtes-d'Armor, Corinne Erhel est morte hier soir, foudroyée en plein meeting, alors qu'elle s'exprimait à la tribune. Comme pour les comédiens qui meurent sur scène, elle s'est littéralement tuée à la tâche, à 50 ans. Ce départ brutal a suscité chez moi beaucoup d'émotion.

J'ai eu l'occasion de la croiser très régulièrement, car elle travaillait sur les sujets numériques, qui me sont un peu familiers. C'était une députée qui bossait ses sujets et les maitrisait réellement. Elle a produit des rapports, notamment en tandem avec Laure de la Raudière, qui est quelque part son "miroir inversé", car la principale différence entre elles était que l'une était PS, l'autre LR. C'est une député à qui on a confié le suivi de nombreuses lois relatives au numérique : rapporteure du volet télécom de la loi Macron, rapporteure pour avis sur le projet de loi numérique. Elle était partout où il fallait être pour faire avancer les dossiers de fond, jouant véritablement le rôle qu'on attend d'un parlementaire : écouter tous les acteurs, creuser son sujet pour le maitriser, et arbitrer dans le cadre de l'élaboration des lois, en expliquant tout cela par des rapports. Par contre, vous ne risquiez pas de la voir parader aux quatre colonnes et jouer au jeu des petites phrases avec les journalistes de BFM. Elle avait horreur de ça.

Elle avait des convictions. Elle a toujours été loyale au gouvernement, même lorsque cela tanguait avec les frondeurs. Par contre, elle a été l'une des premières à rejoindre Emmanuel Macron, sans le moindre état d'âme ni la moindre réserve, quand d'autres de ces collègues jouaient l’ambiguïté et gardaient soigneusement un fer au feu de chaque bord, histoire d'être du bon coté quoi qu'il arrive. L'aventure Macron se serait mal terminée, elle aurait sans doute eu des soucis pour être réélue députée, même si son implantation locale l'aurait bien aidée. Perdre l'étiquette du parti peut parfois couter la place, même quand on est un sortant qui se croit indéboulonnable. Elle n'a pas hésité à prendre un risque pour sa carrière, à un moment où personne ne croyait en Emmanuel Macron, parce que, justement, elle y croyait et y voyait la solution raisonnable à l'impasse dans laquelle François Hollande avait mis la gauche réformiste.

Corinne Erhel était une députée comme on aimerait en voir davantage : humaine, bossant ses dossiers et faisant avancer concrètement les sujets qui lui tiennent à cœur, sans chercher à faire de l’esbroufe dans les médias. Si les jeunes députés de la cuvée 2017 pouvait la prendre en exemple, le Parlement s'en trouverait grandi et renforcé. Sans même qu'il y ait besoin de changer la moindre ligne du règlement de l'Assemblée.