Le débat de l'entre-deux-tours de la présidentielle 2017 restera dans les annales. Opposant Emmanuel Macron a Marine Le Pen, ce débat a permis de voir à l’œuvre deux conceptions, radicalement différentes, du débat politique.

Emmanuel Macron s'est inscrit dans le schéma classique du débat politique, où on expose son programme, ses convictions, en les confrontant avec celles de son concurrent. Le but est d'arriver, soit à des consensus, soit à des constats des différences qui permettent à l'électeur de savoir où positionner chacun, et de pouvoir ainsi faire son choix en toute connaissance de cause, à la fois sur le positionnement politique, mais aussi les principales promesses de chaque candidat. Il n'a rencontré que du vide, car Marine Le Pen a refusé de jouer le jeu.

La présidente du FN est venu à ce débat pour démolir son adversaire, pour lequel elle a affiché, dès les premières secondes, un mépris total. Elle n'avait pas un concurrent en face d'elle, mais un ennemi à abattre, multipliant les insultes, les attaques en dessous de la ceinture et les mensonges les plus grossiers, cherchant à pousser son concurrent à la faute en lui faisant perdre ses nerfs. Fort heureusement, elle n'y est pas parvenue à ses fins, Emmanuel Macron faisant montre d'une patience inébranlable, refusant de se laisser entraîner au pugilat. En refusant cette règle du jeu du débat, Marine Le Pen a dévoilé qu'elle n'accepte, tout simplement pas, de s'inscrire dans le cadre de la démocratie. Elle refuse de s'inscrire dans un cadre où les adversaires politiques se respectent, et échangent sur le fond en vue d'arriver à une délibération, acceptant que les urnes puissent venir trancher les options qui n'ont pas donné lieu à la construction d'un consensus.

Marine Le Pen a montré qu'elle veut d'abord conquérir le pouvoir, par tous les moyens, et que si jamais elle y arrive, elle compte l'exercer à sa manière, et certainement pas dans le dialogue, l'échange et la délibération. Ce 3 mai 2017 au soir, Marine Le Pen a montré que le FN est resté, au fond le même, à savoir un parti politique qui se place hors des règles du jeu démocratique, dont la civilité et l'écoute de l'autre font partie. Maintenant, les choses sont claires, je sais que le relookage et la "dédiabolisation" menée par Marine Le Pen ne sont qu'un trompe-l'oeil, et que ce parti est toujours aussi dangereux pour la démocratie.

C'est le seul enseignement que je tire d'une soirée qui n'a pas fait honneur à la vie politique française, et qui devrait appeler une réaction vigoureuse de tous les démocrates, pour fustiger et sanctionner cette sortie de route. Jacques Chirac avait raison, en 2002 : on ne débat pas avec l'extrême-droite, car ils refusent les règles de base du jeu démocratique.