Le premier tour de l'élection présidentielle a été un coup de tonnerre, avec l'élimination du candidat PS et de celui de la droite, laissant en lice Le Pen et Macron. Le deuxième tour, quoi qu'on en dise, devrait voir une large victoire d'Emmanuel Macron, qui a mis 48 heures à comprendre qu'il fallait cogner et ne pas se laisser déborder.

Reste à compléter le travail avec les législatives. Contrairement à beaucoup, je n'ai pas de doutes sur une large victoire d'En Marche, qui peut obtenir soit une majorité absolue, soit un socle suffisant pour être le pivot d'une alliance stable de gouvernement. Pour la droite, ces législatives seront une défaite classique, comme elle en a connu en 1997 ou 2012. Un score élevé du FN, qui provoque des triangulaires, un recul des voix LR, du fait de la démobilisation de l'électorat. On sait globalement où la droite va surnager, où elle va couler. Je ne suis pas certain que le FN ait beaucoup plus d'un quarantaine de députés, car dans beaucoup d'endroits, le vote Macron et surtout Mélenchon, ont pu récupérer des protestations qui s'exprimaient auparavant par un bulletin FN dans l'urne. Pour la droite classique, 2017 sera une mauvaise cuvée, mais pas forcément un désastre.

Par contre, pour le PS, le naufrage complet est possible. Dans beaucoup de circonscriptions de gauche, ou centristes, Macron arrive en tête, suivi de Mélenchon. Il serait logique que les électeurs d'Emmanuel Macron aillent au bout, et votent En Marche aux législatives. La victoire d'Emmanuel Macron, s'il réussit bien le premier mois de gouvernement, peut même amplifier un peu ce vote. Mais la véritable clé est l'attitude des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. S'ils refusent massivement de voter pour des candidats PS aux législatives, c'est le désastre assuré. Beaucoup de socialistes ne passeront tout simplement pas la barre du premier tour, car ce n'est pas avec les 6,36% de Benoît Hamon qu'ils pourront aller loin. Dans de telles conditions, Emmanuel Macron est libre de prendre avec lui, ou pas, des sortants socialistes, qui ne sont pas en mesure d'imposer quoi que ce soit, car ils n'apportent rien, voire plomberaient un mouvement qui a fait du renouvellement réel son cheval de bataille.

Si on va au bout de la logique du premier tour de l'élection présidentielle, on peut avoir plus de 400 nouveaux députés, sur 577, soit un renouvellement d'une ampleur totalement inédite, qui ouvre des perspectives intéressantes, que je vais essayer de détailler dans des billets de blogs successifs.

Ce sera le moment ou jamais de changer radicalement le mode de fonctionnement de l'Assemblée, sans attendre que les nouveaux députés reprennent les mauvaises habitudes des anciens. La première loi d'Emmanuel Macron portera sur la moralisation de la vie publique. Il faudra aller au fond des choses sur la Transparence et la lutte contre les conflits d'intérêts, dans les assemblées mais aussi l'administration et le gouvernement. Les avancées du quinquennat de François Hollande, qui sont réelles, ne sont toutefois pas suffisantes.

La question du statut de l'élu doit être abordé, afin d'encadrer une nécessaire professionnalisation du rôle de l'élu. Il faut qu'avant de s'engager en politique, un citoyen soit parfaitement informé des critères de sélection, de la durée de son engagement, des compétences qu'il lui sera nécessaire d'acquérir, de la rémunération, des contraintes qu'il devra accepter, et des conditions de sortie. C'est comme cela que l'on peut motiver des citoyens à s'engager, en leur permettant de s'y préparer et d'intégrer ce moment dans un parcours professionnel ou de vie.

Les méthodes de travail de l'Assemblée doivent également être profondément revues. Il faut en finir avec le fastidieux travail d'écriture de la loi, qui amène les députés à passer des heures sur des détails, en laissant passer l'essentiel des enjeux. Le temps parlementaire doit être revu, avec une association, bien plus en amont, des députés et sénateurs à l'élaboration de la loi, que ce soit au niveau national ou européen. On l'oublie souvent, mais le Parlement européen n'est pas le seul acteur politique à Bruxelles. Il en existe un autre, le Conseil, qui regroupe les États membres. Ce qui s'y passe est soigneusement caché à la vue du public, et les positions de la France sont élaborées dans l'opacité la plus totale.

Il faudra enfin que les français acceptent de se comporter en citoyens responsables, et fassent vivre la démocratie, en ne se contentant pas de voter une fois tous les cinq ans, en râlant sur des élus dont ils ne cherchent pas à comprendre les contraintes. La participation citoyenne est nécessaire, mais elle ne doit pas se faire n'importe comment. Au contraire, il faut qu'elle soit articulée avec le travail des élus, pour éviter les chevauchements, mais également permettre un contrôle par les citoyens, qui seront ainsi pleinement informés de l'action de leurs élus et pourront mieux les évaluer, sur le fond, au moment des échéances électorales.

La victoire d'Emmanuel Macron, que je souhaite la plus large possible, ne pourra être qu'un début. Elle ne servira à rien s'il ne lance pas, rapidement, des réformes radicales du fonctionnement de notre démocratie.