Après les politiques (Fillon, Le Roux...) qui ne comprennent pas où est le problème d'offrir des emplois fictifs à des membres de leur famille, voilà que le monde des médias parisiens s'y met aussi. Une journaliste du Nouvel Obs, chargée de suivre la campagne de Jean-Luc Mélenchon, vient de sortir, alors que la campagne bat son plein, un livre d'entretiens avec ce même Jean-Luc Mélenchon.

Le problème déontologique est évident. Comment cette journaliste peut faire croire qu'elle est objective dans le traitement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon, alors qu'elle vient de participer directement à la réalisation d'un document de campagne, en y apportant sa compétence technique, mais aussi et surtout sa "caution morale" ? Le conflit d'intérêt commence à partir du moment où les apparences peuvent créer de la suspicion, même si dans les faits, il n'en est rien. Cette notion n'est visiblement pas encore comprise par les élites parisiennes

Très logiquement, son directeur lui demande d'aller traiter d'autres sujets et de ne plus couvrir la campagne de Monsieur Mélenchon. C'est bien le minimum, car une telle faute professionnelle aurait vu justifier un licenciement. En acceptant de servir de caution à des politiques, dans des livres qui n'ont rien d'une enquête, des journalistes acceptent de servir la soupe aux politiques (et éventuellement touchent un chèque de l'éditeur). Il remettent en cause ainsi leur crédibilité et celle des médias, en alimentant un soupçon de collusion et de connivence, alors que la profession journalistique se targue pourtant d'avoir pour rôle de "porter la plume dans la plaie". Ce comportement, malheureusement courant, ne suscite quasiment aucune réaction au sein de la hiérarchie ou chez les confrères. On a vu par exemple, il n'y a pas si longtemps, la journaliste du Monde chargée du Parlement, écrire un livre d'entretiens avec le président de l'Assemblée, qui s'est révélé être un tract publicitaire au contenu insipide. Personne n'a semble-t-il tiqué au Monde, et au terme de son temps au Palais-Bourbon, la journaliste a même été promue.

Non seulement, les journalistes concernés ne voient pas le problème, mais en plus, ils sont défendus par leurs amis, comme c'est le cas pour cette journaliste du Nouvel Obs. Un mélange hétéroclites de chanteurs, d'acteurs, d'élus de gauche et de peoples parisiens crient à la punition et à l'atteinte à sa "liberté de questionnement". En gros, on demande gentiment à une journaliste de mettre fin à un faux-pas déontologique évident, et voilà que des membres de l'élite politico-médiatique demandent "où est le problème ?" avec comme argument "pourquoi donc la sanctionner, alors que jusqu'ici, tout le monde a fait pareil, et qu'on ne leur a jamais rien dit ?" Exactement comme François Fillon qui s'étonne qu'on lui cherche des poux pour un ami qui lui offre des costumes à 6500 euros pièce...

Le mal est véritablement profond, et ne touche pas que la classe politique. C'est toute "l'élite" qui n'a pas compris ce qu'est l'éthique, et que les manquements à la déontologie ne sont plus acceptés par la population. Comment être surpris de la montée du "populisme" et de la perte de crédibilité des médias ?