Le Canard enchainé vient de remettre une pièce dans la machine sur Pénélopegate. Elle aurait touché 45 000 euros de prime de licenciement, en deux fois. je pense qu'on a atteint les limites de l'exercice, et qu'aller au delà, ce serait aider François Fillon.

Le chiffre de 45 000 euros me semble tout à fait logique au regard des salaires perçus. En effet, quand un assistant est licencié à la suite de la non réélection de son député, il touche une somme qui peut être rondelette en fonction de son niveau de salaire et de son ancienneté. Ce pactole est financé hors enveloppe parlementaire, ce qui est logique, vu que le député-employeur n'est plus député au moment du versement. C'est l'Assemblée qui prend tout à sa charge. Pour juin 2017, 27 millions d'euros ont été provisionnés dans les comptes pour régler le "plan social" que pourrait coûter une déculottée de la majorité socialiste.

Bien que précaire, le collaborateur parlementaire n'est pas complètement à la rue en cas de défaite de son patron. Son salaire de base, qui peut être fort sympathique (Pénélope, avec ses 6000 euros net par mois entre 2002 et 2007 est hors concours) est amélioré, tous les ans, par une prime d'ancienneté, qui est un pourcentage en plus, calculé sur son salaire de base. Il n'est donc pas complètement surprenant que Pénélope ait touché, en 2012, une somme supérieure à l'enveloppe allouée à son patron. L'assistant bénéfice en plus d'une indemnité de dispense de préavis (il est viré du jour au lendemain, avec une semaine pour vider le bureau) égale à deux mois de salaire. Il a aussi droit à une indemnité compensatrice pour les congés payés non pris et une fraction de 13ème mois. Enfin, l'indemnité légale de licenciement représente un cinquième de la rémunération mensuelle par année d'ancienneté. Les chiffres avancés de 45 000 euros, en deux fois, ne sont donc que la conséquence logique de la situation et du niveau de salaire de Madame Fillon. Aucun scandale dans le scandale, elle a été traitée comme n'importe quelle autre assistante se trouvant dans la même situation.

Les révélations du Canard de ce mercredi n'apportent donc pas grand chose. En droit parlementaire, on appellerait ça un "amendement de conséquence". Je pense que l'épisode éventuel de la semaine prochaine pourrait être "Pénélope a touché des indemnités chômage", ce qui serait la conséquence logique de l'épisode précédent. Ce serait scandaleux, je l'accorde très volontiers, mais ce n'est que pousser le scandale initial jusqu'au bout.

Or, il se trouve que Fillon, avec l'aide de ses communicants, a repris du poil de la bête cette semaine. Il a fait une conférence de presse, lundi, où il n'a pas été trop mauvais. il ne fallait pas gratter beaucoup le vernis pour trouver les éléments de langage, mais ça a suffit pour rendre heureux les éditocrates qui sévissent sur les plateaux des télévisions d'information en continu. Dans le même temps, ses troupes ont compris qu'ils n'ont pas le choix. Il n'y a pas de plan B, les remplaçants possibles ayant tous décliné l'offre. Si on ajoute à cela que Fillon refuse de partir, et brandit son investiture par 4 millions de français, vous comprenez l'impasse où se trouvent les députés LR : garder Fillon est encore la moins mauvaise des solutions. Ils comprennent ce qu'il en coûte, certains ont même fait une croix sur la victoire. Mais le choix, c'est une défaite honorable (voire un miracle) avec Fillon ou une déroute. Troisième ingrédient, Fillon a agité le chiffon rouge devant ses militants : voulez-vous que la gauche reste au pouvoir ? Si c'est non, il faudra mettre votre mouchoir sur la déontologie et avaler la couleuvre. Connaissant les militants de droite, une grande majorité, dans ces conditions, est prête à avaler un anaconda.

Le piège est alors prêt à se refermer sur les médias. L'électorat réceptif aux critiques sur la déontologie a déjà tout ce qu'il lui faut pour se faire son opinion. L'ajout de nouvelles turpitudes, surtout si elles ne sont que la suite logique des premières, n'apporte rien. Par contre, l'accusation de "complot" et de "lynchage" portée par Fillon, y trouverait du grain à moudre auprès de ceux qui doutent, mais qui ne demandent qu'à revenir au bercail. Quand on attaque un politique, passé une certaine dose, si politique n'est pas mort, les accusations le renforcent auprès des fidèles, car l'accusation de harcèlement devient crédible. Si on sort de nouvelles informations à charge, il ne faut surtout pas que ce soit du feuilletonnage.

Je pense que pour le cas de François Fillon, la limite est atteinte, et qu'à moins de révélation qui n'ont rien à voir avec Pénélope, il faut arrêter les frais. L'effet maximal de ce scandale est atteint. Si Fillon est toujours le candidat officiel de la droite, il le restera, même si son potentiel électoral en a pris un coup. Il faut savoir arrêter une guerre...