J'ai participé à la primaire socialiste. Je ne suis pas spécialement de gauche, mais l'avenir du Parti socialiste, et plus largement de la gauche de gouvernement est une question qui intéresse tout le monde. Il est évident que les socialistes sont à la fin d'un cycle et qu'ils touchent le fond. Ils peuvent soit continuer à creuser, soit commencer à remonter. Alors que l'extrême droite monte partout en Europe, y compris en France, il serait nécessaire d'avoir une gauche modernisée et un peu intelligente pour éviter que la droite se retrouve à courir après le FN.

Je pense que Benoît Hamon est le seul capable de sortir les socialistes de leur marasme. La gauche souffre d'une absence cruelle de vision de l'avenir et de repères idéologiques. En 1983, le PS a été capturé par des apparatchiks gestionnaires, qui ont vécu sur le stock idéologique passé. Lionel Jospin a été le dernier à avoir puisé dans les derniers reliquats. François Hollande s'est montré incapable de renouveler les stocks, se contenant d'attendre que le fruit du pouvoir tombe, qu'il suffise de se baisser pour le ramasser. Ils ont raté leur coup en 2007. Mais en 2012, la droite étant vraiment à bout de souffle, ils sont arrivés au pouvoir, mais idéologiquement à poil, sans avoir le moindre projet pour la France, ni même une vision claire des enjeux d'avenir. Ils en ont été réduits à une politique gestionnaire à la petite semaine, agrémentée de coup de comm' ratés. Vincent Peillon est l'héritier, jusqu'à la caricature, de François Hollande et de cette gauche bourgeoise aveugle et sans idée, qui n'est juste là que pour gérer. Manuel Valls se situe dans le même créneau de l'héritage et de la "légitimité", mais avec un corpus idéologique. Je ne suis pas certain que la gauche sécuritaire, l'état d'urgence permanent et la laïcité au menu tous les jours soient ce qu'attends le pays (et encore moins la gauche).

Arnaud Montebourg et Benoît Hamon prennent à l'inverse le chemin de la rupture. Ils ont montré, au cours du mandat, qu'ils sont réellement en rupture avec la ligne Hollande, et que leur positionnement actuel ne tient pas de la posture électorale. Cela ne veut pas dire qu'ils aillent dans une bonne direction. Arnaud Montebourg a choisi le "retour vers le futur" en enfourchant le passéisme comme credo. Sauver les emplois de la sidérurgie et prôner le repli national et le protectionnisme, c'est tout simplement ne pas comprendre le monde dans lequel il vit. A l'heure du numérique, où tout circule très vite et où les frontières perdent leur sens, c'est une position stupide et suicidaire. Je comprend que ce discours puisse séduire ceux qui sont restés à l'écart du mouvement (et ils sont nombreux). Mais casser la dynamique de ceux qui avancent, et croire que la France peut y arriver seule, avec ses petits bras musclés, c'est idiot et dangereux pour le pays.

Le seul qui semble avoir compris les enjeux, c'est Benoît Hamon. Je ne sais pas si les réponses qu'il propose sont les bonnes, mais au moins, les questions qu'il pose sont pertinentes et en phase avec les évolutions. Toute sa réflexion autour de la notion de travail, de revenus, est pertinente et s'est cristallisée autour de la proposition du "revenu universel". C'est évident que le sujet, techniquement, n'est pas encore complètement au point et qu'il a encore besoin d'infuser "intellectuellement". Mais la manière dont les débats télévisés entre candidats se sont focalisés là-dessus est révélatrice. C'est la seule idée innovante qui a été exprimée, et sur laquelle il y a un vrai débat au sein de la société. Benoît Hamon est le seul à l'avoir senti et à s'engager dans ce chemin. C'est pour cela que je voterai pour lui, car il est le seul capable de remettre les socialistes sur les bons rails.