Le mouvement en faveur des Communs arrive à un tournant. La question est désormais dans le débat public grâce à loi pour une République numérique. Même si à la sortie, le bilan concret n'est pas aussi étoffé qu'on aurait pu l'espérer, il n'en reste pas moins que l'exception de data mining, et dans une moindre mesure, l'exception de panorama (dont on peut déplorer qu'elle soit non commerciale) sont de belles avancées. Des débats ont eu lieu autour des Communs informationnels et du domaine public consenti, obligeant les lobbyistes de l'industrie culturelle à sortir l'artillerie lourde. Des résultats qui auraient été impossibles il y a encore trois ans. Il faut maintenant envisager la suite.

La première étape est la consolidation des structures du mouvement, qui restent encore faibles. Il est nécessaire d'avoir des collectifs solides, qui aient les moyens de préparer et de mener les prochains combats, mais aussi de creuser les notions et de permettre aux initiatives de prospérer. Je ne peux que saluer l'arrivée de la plateforme "les communs d'abord" qui veut donner de la visibilité au mouvement. Le chemin est encore long, car les moyens financiers manquent encore. C'est par un travail sur des projets que les associations, encore très éclatées, arriveront à se fédérer. Il manque encore un "navire amiral", une "assemblée des Communs" qui puisse donner visibilité et impulsion. Nous n'en sommes probablement plus très loin, vu le bouillonnement des initiatives et leur avancée en maturité.

Une étape importante sera de sortir les Communs des seules problématiques numériques. Certes Wikipédia et les logiciels libres sont des outils numériques, mais la philosophie qui les sous-tend vient de bien plus loin. Réduire, comme le font certains lobbyistes de l'industrie culturelle, le mouvement des Communs à un faux-nez des GAFA, est mensonger. Il faut que le monde des Communs affirme clairement que son identité est plus proche de l'économie sociale et solidaire que des marchands du Web. Pour autant, il ne faut pas renier le fait que ce sont les outils numériques qui ont permis le renouveau des Communs, en ouvrant des possibilités jusqu'ici hors de portée. Un revival des études sur les Communs et leur gouvernance à l'heure du numérique est indispensable, pour distinguer les vrais Communs des récupérations marketing, qui sont légion et portent tort au mouvement en brouillant son image. Construire et affirmer son identité est un préalable pour être reconnu et accepté.

Enfin, il va bien falloir discuter avec le monde la culture qui ne se résume heureusement à ses industriels. Les Communs ne sont pas les ennemis de la création et de la Culture, bien au contraire. Ils sont un moyen original de créer et de diffuser, qui ne s'inscrit pas dans les logiques commerciales. La haine de certains lobbyistes, qui ont parfaitement compris de quoi il en retourne, vient de ce refus de participer à l'exploitation abusive des créateurs par les intermédiaires. L'enjeu est d'imposer qu'une place soit faite aux Communs et à sa philosophie, dans un système bien rôdé, tant sur les modèles économiques que dans les discours de justification. Pour cela, il faudra faire des efforts, de notre coté, pour comprendre les logiques à l’œuvre dans ce milieu. Le principe même du droit d'auteur n'est pas remis en cause, mais il ne doit pas s'imposer par défaut, y compris à ceux qui n'en veulent pas. Il sera sans doute nécessaire de nous adapter et d'accepter des compromis, afin d'obtenir une reconnaissance durable par les autorités, et le milieu de la Culture. Notre but est d'avoir la place qui nous est légitimement due, pas de tout casser.

La balle est dans le camp des défenseurs des Communs, qui doivent s'organiser, travailler, évoluer, afin que les biens Communs trouvent leur place dans le secteur culturel, voire au-delà.