La primaire dite de la "belle alliance populaire" où un parti socialiste déclinant tente de fédérer autour d'un candidat unique à la présidentielle est révélatrice de l'état catastrophique où se trouve la gauche de gouvernement française. Tous les travers, parfois très anciens, du PS, s'y retrouvent, sauf que les vieilles recettes ne fonctionnent plus, ce qui augure mal de l'avenir politique du candidat qui en sortira. Cela porte également tort au concept de primaire, qui reste fragile, malgré le succès de la primaire de la droite.

L'organisation est pathétique, avec un règlement flou, qui permet aux dirigeants socialistes de faire à peu près ce qu'ils veulent. Pourquoi accepter l'écologiste François de Rugy et l'ex-modem Jean-Luc Benhamias, en refusant la participation de Nouvelle Donne, du MRC (les ex-chevenementistes) et MDP (le parti de Robert Hue). Je ne vois aucune différence entre ces cinq groupuscules, qui ne représentent qu'eux mêmes, avec des leaders complètement inconnus, et sans la moindre surface politique. En prendre deux sous prétexte qu'ils ont sonné à la porte assez tôt me laisse dubitatif, car Sylvia Pinel, pour le PRG, a finalement décidé, tardivement, d'intégrer la primaire, sans que cela ne pose le moindre problème de "délai tardif". On appelle cela l'arbitraire, les candidats sont en fait sélectionnés "à la gueule du client", suivant que cela arrange ou pas les dirigeants du PS. Le même raisonnement peut être tenu pour l'éviction de deux candidats, Fabrice Verdier et Gérard Filoche, ce dernier s'apprêtant à déposer des recours.

Des questions se posent également sur le lien avec le PS. Plusieurs titres de presse ont indiqué qu'Arnaud Montebourg a des cotisations en retard, et qu'il doit les régler avant de se porter candidat, selon les statuts du PS. Dans la même situation, Vincent Peillon a sorti, cash, quelques 20 000 euros, montrant au passage une belle aisance financière. Montebourg a, de son coté, formellement contesté cette dette. Résultat des courses, les deux sont validés, sans que l'on sache le fin mot de l'histoire. Montebourg à payé ? Sa dette a-t-elle été annulée ? Cambadélis n'a pas eu le courage d'appliquer les règles ? Cela pose ouvertement la question du statut de la primaire dite de la "belle alliance populaire". Que vient faire le respect des statuts du Parti socialiste dans cette affaire ? Est-ce l'aveu que ce nom de "belle alliance populaire" est un faux-nez pour ce qui n'est qu'une primaire interne au PS ? Il faut être clair, soit c'est une sélection organisée par le PS entre ses membres, et dans ce cas, les statuts du parti s'appliquent. Soit c'est une organisation extérieure, regroupant plusieurs partis, et ayant donc ses règles propres, indépendantes. Quand on va sur le site de la belle alliance populaire, on ne trouve nulle part le règlement de la primaire, par contre, on y découvre que le directeur de la publication est Jean-Christophe Cambadélis et que le domicile est au 10 rue de Solférino, siège du PS...

Enfin, sur le plan strictement matériel, ça risque de virer à la catastrophe. La liste des bureaux de vote n'est toujours pas connue, alors que le scrutin a lieu dans 5 semaines (avec les fêtes de fin d'année entre temps). Si l'idée saugrenue d'y participer me venait, je ne sais pas où je dois aller voter. A droite, tout était en ligne deux mois avant, de manière claire. Tous les signaux indiquent que rien n'est prêt, alors qu'organiser une primaire ouverte au niveau national, c'est une opération lourde qui ne s'improvise pas en deux mois.

Je comprends parfaitement le refus d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon de prendre part à cette mascarade. Une vraie primaire, si elle veut regrouper l'ensemble d'une famille politique, ne peut pas être montée par le parti dominant, qui écrit des statuts flous, taillés sur mesure pour lui permettre de décider selon son bon vouloir. Elle doit aussi afficher une organisation solide, qui permet d'avoir le maximum de participation, afin de donner un élan politique au candidat désigné. Si on souhaite que des primaires ouvertes s'ancrent dans notre système politique, il faut un minimum de sérieux, à la fois politique et technique, dans l'organisation. La droite a globalement réussi l'opération, la gauche, qui avait pourtant bien réussi, en 2011, est en train de vautrer monstrueusement en 2016. Et elle ne pourra s'en prendre qu'à elle-même !