Manuel Valls vient de se déclarer candidat à la présidentielle, abandonnant par là même sa place de Premier ministre. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il ne m'a pas convaincu, sur le fond comme sur la forme. Sur le fond, ça va aller assez vite, il n'y avait pas grand chose. Certes, on n'attend pas un programme complet dans une annonce de candidature, mais au moins quelques lignes de forces. Valls a aligné les poncifs de gauche, un enfilage de mots-clés, sans donner le moindre relief à des positions déjà connues venant de lui. A part "faire gagner la gauche", rien ne ressortait d'une discours trop long. Sur la forme, c'était cheap, avec un slogan nullissime "Faire gagner tout ce qui nous rassemble". Aucun message, sinon la répétition de ce que j'ai entendu dans le discours : "je veux faire gagner mon camp et battre la droite". En plus, il suffit de changer une lettre pour avoir "Faire gagner tout ce qui nous rEssemble", un slogan qui colle parfaitement au Parti socialiste des 20 dernières années... On est aux frontières du lapsus !

Politiquement, la meute se déchaine à gauche contre Valls, à commencer par ses adversaires directs à la primaire. Cela donne le ton de ce qui va sans doute être un combat avec de nombreux coups au dessous de la ceinture. Faute de programme crédible, que ce soit chez Montebourg ou Valls, les échanges vont se résumer à des postures et à des rappels au bilan. Les deux ayant été ministres dans un même gouvernement, ça risque de les décrédibiliser tous les deux et faire le lit de ceux qui les attendent à la sortie, Macron et Mélenchon. A moins d'une candidature surprise d'un poids lourd (du genre Ségolène Royal), je ne vois rien de bon sortir de cette primaire, sinon un candidat épuisé, couvert de sang, qui finira derrière Macron et Mélenchon...

Je ne pense pas que Valls soit en mesure de l'emporter dans cette primaire. Il ne faut pas oublier que sa base personnelle est étroite, avec 6% lors de la primaire de 2011. S'il a pu étoffer son entourage et ses soutiens lors de son passage à Matignon, il s'est fait aussi de solides ennemis. Les frondeurs, qui auraient pu, par loyauté, se rallier à François Hollande, vont se jeter dans les bras de Montebourg et Hamon. L'utilisation de l'article 49-3, sur la loi Macron, ainsi que sur la loi El Khomri, sont encore en travers de nombreuses gorges. D'autres pourront lui reprocher ses positions très sécuritaires, un état d'urgence prolongé au delà du raisonnable, sa défense de l'interdiction du burkini, et plus généralement, son style "coup de menton" qui n'est pas sans rappeler Nicolas Sarkozy. Il risque aussi de porter, aux yeux de certains hollandais, la responsabilité du retrait de Hollande. Une sorte de Brutus, qui aurait assassiné son père adoptif, afin de lui prendre sa place. Ceux qui préparaient la campagne de François Hollande vont-ils se rallier à Manuel Valls ? Cela n'est pas certain.

Au final, une fois que Valls aura quitté Matignon, sera-t-il en mesure de se présenter comme le patron et l'incarnation de la "deuxième gauche" sociale-libérale ? Qui de Macron ou de Valls est l'hériter le plus crédible de Michel Rocard ? Les deux candidats sont sur le même créneau idéologique, mais il n'y aura de la place que pour un. Certes, Macron ne participe pas à la primaire, mais s'il arrive, dès maintenant, à obtenir des ralliements significatifs au sein de l'aile "réformiste" du PS, il peut sérieusement mettre en difficulté Valls. De l'autre coté, Montebourg est moins menacé par Mélenchon, mais plutôt par l'émiettement de son bord. Si deuxième tour il y a, en l'état actuel des candidats à la primaire, les réserves de voix seront davantage chez Montebourg.

Bref, ça me semble bien mal parti pour Valls, et pour la gauche en général, qui se retrouvera avec trois candidats au premier tour, pour se partager au mieux 30 à 35% des voix. Pendant ce temps, l'extrême-droite ne se pose aucune question sur sa candidate, et à droite, Fillon aura, au mieux, un peu de dérangement avec un Bayrou, qui se tâte encore, et qui aura fort à faire avec Macron pour capter les voix du centre.