La droite a remarquablement bien réussi sa primaire pour sélectionner son candidat à la présidentielle. Un succès qui marque une étape dans l'histoire politique française, dont il faudra tirer toutes les conséquences, car elle aura un impact important sur le fonctionnement des partis politiques.

Au cours de cette primaire, la droite a réussi à organiser un débat interne qui n'avait rien d'évident, au regard de sa culture politique. Avec 7 candidats sélectionnés, le risque de la cacophonie et d'un premier tour non décisif étaient réels. Il n'en a rien été, avec un François Fillon qui sort grand vainqueur, avec un score et un niveau de participation qui lui donnent une légitimité incontestable. L'acharnement d'Alain Juppé à se maintenir, alors que l'affaire est pliée, montre qu'il n'a pas compris les enjeux. Le patron à droite, c'est Fillon, point barre !

Le résultat final est un peu miraculeux, car la remontée de Fillon s'est faite dans la dernière ligne droite. Elle n'a rien de surprenant ni d'injuste, car François Fillon était, objectivement, le meilleur candidat. Il avait bossé le programme, disposait d'un vrai réseau de soutien, tant parmi les élus que les militants. Il était aussi le seul, parmi les trois candidats sérieux, à n'avoir ni passé, ni avenir judiciaire. Son habileté à été de construire une synthèse de ce qu'est la droite, à la fois libéral sur le plan économique et conservatrice sur les valeurs. Au final, Fillon est celui qui rassemble le plus, un compromis acceptable pour l'ensemble de la droite et du centre. Certes, tout le monde peut trouver des trucs qui ne vont pas. Personnellement, son coté un peu trop pro-russe, et ses appels du pied (qui ont marché) à la mouvance de la manif pour tous me chiffonne. Je regrette son manque de charisme et sa prudence que je trouve un peu excessive. Mais au final, c'est le candidat qui me convient le mieux, et de loin, parmi la palette qui était offerte. Beaucoup d'électeurs de droite ont pensé comme moi.

Un autre effet de la primaire a été l'élimination de certains candidats. L'éviction de Sarkozy, nette et sans bavure, est un immense soulagement pour moi. Une bonne chose de faite ! Dans le même ordre d'idée, le score catastrophique de Bruno Le Maire permet de sortir, pour un temps si ce n'est définitivement, une personnalité politique qui n'a pas tenu la route, et n'a pas été capable de prendre la dimension du poste. Après un premier succès d'estime à l'élection pour la présidence de l'UMP, Bruno Le Maire n'a pas su transformer l'essai. Il a fait une mauvaise campagne, et a choisi un positionnement, le "renouveau", qu'il n'était pas en capacité d'incarner, tellement cela n'est pas sa personnalité profonde. Cela s'est vu et a été durement sanctionné.

Désormais, je vois mal comment un parti politique, du moins quand il est d'opposition, pourrait se passer d'une primaire ouverte pour désigner son candidat à la présidentielle. Cela vide les grands partis politiques de ce qui leur reste de substance. Ils ne sont plus, de puis très longtemps, le lieu de production des idées. Il leur reste juste le rôle d'appareil politique pour la conquête du pouvoir. Si on leur retire le rôle de désignation du leader, je ne vois pas à quoi ils vont servir, sinon de courroie de transmission et de cartel électoral. Désormais, chaque personnalité qui ambitionne la fonction suprême se devra d'avoir son propre appareil politique, pour mener la campagne qui compte vraiment, celle de la primaire. Cela aura nécessairement des répercussions sur le fonctionnement des institutions.

L'exercice de la candidature à la présidentielle va également changer de nature, car désormais, il faudra mener deux campagnes, avec un corps électoral différent, donc une stratégie et des objectifs différents. Le tout en évitant de contredire, dans la campagne présidentielle, ce que l'on a dit lors de la primaire. Il faudra avoir une armature solide, et surtout, se dévoiler bien plus tôt qu'actuellement. La conquête du pouvoir ne pourra plus se faire sur un hold-up, lors d'une révolution de palais dans un appareil partisan. Je pense que la démocratie y gagnera.

Enfin, elle change aussi la nature de notre démocratie, car, et cela a été très bien perçu cette fois ci, le scrutin qui compte réellement, c'est celui qui désigne le candidat du camp qui a le plus de chances de l'emporter. L'élection présidentielle en elle-même risque de devenir plus ou moins une "formalité" (sauf lourde erreur d'un candidat). Avant, la primaire au sein d'un camp, c'était le premier tour de la présidentielle. Cela ne sera plus le cas, et cela risque d'écraser encore un petit peu plus les "petits candidats". Avec à la clé, une évolution vers un bi ou un tri-partisme qui étouffe électoralement, encore un peu plus, les indépendants.

Cela pose la question de l'ouverture, ou pas, du vote à la primaire. La question a été posée par les Sarkozystes, qui craignaient qu'une participation significative d'électeurs de gauche, ne favorise Juppé à leur détriment. Il n'en a rien été, au final, car Fillon a été élu par les électeurs de droite, sans apport extérieur décisif. Mais la question se reposera la prochaine fois. Quelle solution adopter ? Faudra-t-il, comme cela se fait aux États-Unis, que les électeurs se déclarent officiellement pour pouvoir participer à la primaire de leur camp ? Quels recours, légaux, en cas de contestation ? Faut-il étendre le droit électoral et ses contraintes à cette consultation, qui ne peut pas être ramenée à une simple "affaire privée", interne à un parti politique et régie uniquement par les statuts de ce parti.

La gauche avait amorcé l'évolution en 2011, la droite l'a imposé en 2016. Il va maintenant falloir travailler sérieusement sur ce qui est surement la plus importante évolution de notre démocratie depuis plusieurs décennies.