On pensait que Hollande ne pouvait pas descendre plus bas dans le discrédit. Il vient de montrer que c'est possible, avec la parution du livre "un président ne devrait pas dire ça". Tout est déjà dit dans le titre. Quelques éléments tirés du livre ont déjà provoqué un séisme institutionnel, avec une protestation vigoureuse, et totalement inédite, de la part des magistrats. Les réactions de la classe politique, hormis ceux qui sont envoyés comme pompiers, sont unanimes et même au PS, c'est la consternation la plus complète.

Et il y a de quoi être consterné. Le contenu des propos de François Hollande révèlent un cynisme effarant. Alors même qu'en privé, il se dit opposé à la déchéance de nationalité, il propose quand même la mesure, en espérant faire un coup tactique contre la droite. Quelques mois plus tard, le projet est abandonné piteusement, avec comme seul résultat d'avoir mis la gauche à feu et à sang. La lecture attentive de l'ouvrage, ainsi que des nombreux autres sortis récemment, vont permettre de voir l'action de François Hollande, à la fois dans la face publique et dans la face cachée. C'est à la fois fascinant et dévastateur, car François Hollande fait preuve d'une véritable transparence, comme on aimerait en voir plus souvent à ce niveau de pouvoir. Mais cette transparence n'est absolument pas maitrisée, ni sur le contenu, ni sur le calendrier et c'est absolument catastrophique, car une telle "opération vérité" doit être minutieusement préparée et s'accompagner d'une explication pour qu'on puisse en comprendre le sens.

Que François Hollande ait accepté de consacrer beaucoup de temps à des journalistes ne me choque absolument pas. Expliquer, raconter, donner une ligne et une cohérence à une action, c'est au coeur du rôle d'un président de la République. Il est entouré d'un staff nombreux, de ministres qui sont là pour faire tourner la machine gouvernementale. Un président ne devrait normalement pas se préoccuper du quotidien et des détails, mais au contraire, prendre de la hauteur. Mais voilà, Hollande a fait tout le contraire, s'occupant de tout comme un "omniprésident" et l'assumant, dans un discours à l'hôtel de Lassay. Par contre, la cohérence, la hauteur de vue, l'explication de l'action, ont été particulièrement défaillantes. Plusieurs ministres et anciens ministres affirment qu'ils ont un vrai bilan, mais qu'il a manqué un "portage politique" que seul le chef de l'Etat était en mesure d'assurer, et qu'il n'a pas fait.

Ce que je reproche à Hollande n'est pas son opération vérité, mais le fait que, comme pour tout au cours de son mandat, rien n'ai été maitrisé. Une fois de plus, il est parti dans le décor, en agissant à contre-temps et à contre-courant des attentes de la population, sans expliquer. Il s'est mis à dos la magistrature, dont il est normalement le protecteur. Que le premier président de la cour de Cassation et le procureur général se soient permis des critiques aussi virulentes et publiques est révélateur de la perte d'autorité de François Hollande. Après un tel essorage, tout le monde, classe politique comprise, ne comprend plus rien à l'action du président, tout en ayant de lui une image très dégradée. C'est le point final d'un quinquennat absolument catastrophique, sans doute le pire pour un président de la République. Après cela, je doute qu'il puisse encore être candidat à sa succession. La question se pose même de savoir s'il peut rester en poste jusqu'à la fin de son mandat...