J'ai assisté à une "prestation" de Nicolas Sarkozy, lors d'un colloque. J'en suis sorti absolument atterré. Depuis 2010, je ne me considère plus comme un de ses électeurs, du fait de son tournant à droite sur les questions d'identité nationale. Un sentiment qui n'a fait que se renforcer depuis, du fait de son accélération dans le populisme et le sécuritaire. Mais sur d'autres sujets, je reconnaissais que comme président, entre 2007 et 2012, il avait pu faire de bonnes choses. Ce colloque portait sur l'économie et le soutien aux entreprises. Un sujet pas très clivant, surtout quand on s'adresse à la droite, et sur lequel je ne m'attendais vraiment pas à ce que j'ai vu et entendu.

Sur la forme d'abord. Je savais Nicolas Sarkozy vulgaire et mufle, jamais en retard d'une formule à l'emporte-pièce faisant appel au "bon sens" comme argument d'autorité. J'ai été servi, jusqu'à la nausée. Ce n'était plus un présidentiable que je voyais sur l'estrade, mais un pilier du café du commerce, un matamore absolument hallucinant, balançant son mépris à ceux qui l'interrogeaient, leur disant quasi-explicitement qu'il trouvait leurs questions complètement idiotes. Sa manière de se présenter et d'expliquer comme il allait procéder relevait du foutage de gueule, qui se résume en une citation. Parlant du traité européen qu'il se propose de faire adopter pour refonder l'Europe (rien que ça...), il balance très tranquillement "j'irai à Berlin dès le 7 mai, je l'ai dit à Angela Merkel, et puis à Londres le lendemain. Ce ne sera pas bien difficile à négocier, j'ai une grande expérience de la négociation européenne". Tout cela dit le plus sérieusement du monde. On en reste sans voix...

Sur le fond, c'est du même tonneau. Il enchaine les annonces toutes plus irréalistes les unes que les autres. Il propose 100 milliards d'économie dès l'été 2017, avec 34 milliards d'allègement de charges. La fiscalité sera revue de fond en comble, avec une taxe forfaitaire sur les revenus du patrimoine, à 26%. Quand on lui demande comment il va faire pour favoriser le fléchage de l'épargne des français vers l'investissement plutôt que vers les bons du trésor, il envoie tout le monde balader en affirmant que ce n'est pas à l'Etat de dire aux gens ce qu'ils doivent faire de leur argent, et qu'il n'y aura plus de niches fiscales ou de dispositifs de fléchages. Arriver à se mettre à dos une salle remplie d'entrepreneurs, quand on est un candidat LR, il faut y arriver. Nicolas Sarkozy l'a fait. Une question lui a été posée sur l'économie numérique, et là, c'est l'apothéose. Sarkozy n'a tiré aucune leçon des fiascos provoqués par le soutien, à bout de bras, des sites industriels. Il est hors de question, pour lui, de brader la production et l'industrie. S'il revient au pouvoir, il nous refera le coup de la perfusion, sur fonds publics, des sites sidérurgiques. Tout cela au détriment des secteurs d'avenir, dont il semble n'avoir que faire.

En 2016, nous avons le Sarkozy de 2012, en pire. C'est juste pas possible de le laisser revenir au pouvoir. Il se révélerait aussi nocif que Marine Le Pen. La primaire à droite a changé de visage, pour moi. Ma seule certitude était d'aller voter au second tour contre Sarkozy. Pour le premier tour, je me demandais encore, qui de Juppé, Fillon, voire NKM (on ne rigole pas), aurait ma voix. Cela n'avait guère d'importance, finalement, et ça se trouve, je ne serais même pas allé voter au premier tour. Désormais, même si je suis pleinement conscient des faiblesses et des casseroles d'Alain Juppé, je voterai pour lui, car il est le mieux placé pour éliminer Sarkozy. C'est au premier tour que la dynamique va se créer et que les choses vont se jouer. Tant pis pour les autres, qui sont peut-être mieux sur le fond, la primaire va se jouer sur un point et un seul : en finir définitivement avec Sarkozy.