Le grand sujet du mois d'août (et ce n'est malheureusement pas fini) a été l'affaire du burkini. Ce vêtement de plage, très couvrant, est destiné aux femmes, notamment musulmanes, qui ne souhaitent pas trop s'exposer. Ce vêtement est devenu, aux yeux de certains hystériques, le symbole d'un refus des musulmans de s'intégrer, un "marqueur politique" qu'il fallait absolument combattre au nom de la laïcité. A mes yeux, c'est juste l'expression, à peine dissimulée, d'une islamophobie. Ce qui est refusé, c'est que la pratique de la religion musulmane puisse avoir une quelconque visibilité publique, avant d'en arriver à une interdiction tout court. Les musulmans doivent se faire invisibles, voire cesser de l'être, voilà l'injonction qui leur est donnée. Ce n'est pas en stigmatisant les musulmans de France que l'on va favoriser leur évolution vers une pratique plus "libérale" de donc acceptable pour l'Occident, de leur religion.

Une injonction prise très à cœur par une droite de plus en plus proche des thèses du FN, avec des maires, officiellement LR, comme à Cannes, qui n'hésitent pas à passer aux actes. La verbalisation, sur la plage de Cannes, d'une jeune fille portant un voile (même pas un burkini ou une burqa) est le signe que les digues sont en train de lâcher. Cerise sur le gâteau, la justice administrative (en l'occurrence le tribunal administratif de Nice) valide ces atteintes flagrantes aux libertés publiques. Nous assistons à une banalisation des idées du FN qui s'accomplit avec une facilité sidérante !

Bien entendu, les candidats à la présidentielle issus du parti "Les Républicains" se vautrent dans cette fange, avec un concours Lépine de la connerie qui atteint des sommets. Même NKM, la plus "à gauche" se sent obligée de participer à cette course indécente en direction de l'électorat FN. Il faut être clair, le parti "Les Républicains" s'est installé sur les terres autrefois labourées par Jean-Marie Le Pen, et récolte sans vergogne la peur de l'autre qu'il a semé pendant 30 ans. J'en viens à me demander qui, de Marine Le Pen ou de Nicolas Sarkozy, est le plus "modéré". La question peut sérieusement être posée...

Cette dérive suscite en moi un grande colère.

Colère contre cette France, qui se laisse aller au rejet de l'autre, à la haine. Cela ne mène nulle part, sinon au désordre, à la violence, si ce n'est à la guerre civile. La colère que les français de confession musulmane peuvent ressentir face à ces agressions est parfaitement légitime. L'immense majorité n'a rien à voir avec ces enfants perdus des banlieues, qui sont passés de la délinquance à la violence soit-disant religieuse. Après la relégation sociale et parfois géographique dont ils sont victimes depuis des décennies (le plafond de verre est une réalité quand on s'appelle Ahmed ou Samira), voilà qu'ils sont désignés comme bouc-émissaires et sommés de renier ce qu'ils sont, de se faire invisible, bref, d'accepter un statut de citoyen de seconde zone. C'est inadmissible !

Je suis aussi en colère contre cette classe politique, qui soit accompagne, comme à droite, ou "comprend" c'est à dire soutient sans l'assumer complètement. Le rôle des politiques est de préserver le "vivre-ensemble" et surtout pas de mettre du sel sur les plaies. Ils doivent parfois être capables d'aller à contre-courant de certaines tendances, pour les empêcher de prospérer. Or, sur l'islamophobie, les responsables de la droite dure accompagnent le mouvement et donc le renforcent car ils lui donnent une légitimité. Le pire, c'est que pour beaucoup, cela relève du pur calcul électoral. Ils estiment que c'est le meilleur moyen de revenir au pouvoir. Sacrifier l'avenir du pays au profit de leur carrière politique, avec un tel cynisme, c'est inadmissible.

L'année qui s'ouvre va être atroce. Vu la configuration politique, je crains qu'il n'y ait pas grand chose à attendre de l'élection présidentielle pour faire bouger les choses. J'espère encore qu'un sursaut puisse advenir, mais il serait vraiment temps qu'il vienne. Car le mal est profond. Le problème n'est pas seulement chez les leaders. C'est l'ensemble de la classe politique qui s'est affaissée, et qui est incapable de faire autre chose que suivre le mouvement. Je connais pas mal d'élus, de base, qui comme moi, se désolent sincèrement de la tournure que prennent les choses. Mais ils sont impuissants, pris dans les jeux d'appareil, à empêcher cette descente aux enfers morales du pays. Si eux n'y arrivent pas, qui le peut ? Tous les jours, nous descendons un peu plus vers une France déchirée, et on ne pourra pas dire qu'on n'a rien vu venir si des évènements graves arrivent...