Le terrorisme a encore frappé, deux coups rapprochés, Nice, puis Saint-Etienne-du-Rouvray. Les deux cas sont emblématiques. A Nice, un coupable inconnu des services de renseignements, pas fiché S, juste "défavorablement connu" des services de police. Dans l'autre cas, une personne clairement identifiée comme potentiellement dangereuse, sous bracelet électronique après avoir été incarcéré. Dans les deux cas, des attentats meurtriers et "frappants", soient par le nombre des victimes, soit par le choix, hautement symbolique, des cibles.

A chaque fois, la même réponse de la droite sarkozyste : toujours plus de répression et au diable les libertés publiques. Rouvrons le bagne et parquons-y tous les suspects, y compris ceux qui sont "dans la zone grise" comme n'hésite pas à le dire Sarkozy. On en est à la quatrième loi antiterroriste en trois ans, la dernière a été votée il y a une semaine, en 48h, sans la moindre étude d'impact. Pourtant, les rapports qui commencent à sortir pointent les lacunes et les faiblesses de cette politique. Oui, il faut des mesures strictes contre les jihadistes avérés, et que les services de renseignements aient les moyens de faire leur travail. Mais cela passe par autre chose que des lois toujours plus attentatoires aux libertés. Les moyens humains et matériels demandent du temps à se mettre en place, et l'application, par des humains (donc faillibles) laisse une marge d'erreur qui peut, parfois, être fatale, mais est malheureusement inévitable.

L'action des politiques face au terrorisme ne peut pas se limiter aux incantations sécuritaires et à l'empilement de textes législatifs. Il faut aussi avoir le courage de dire que nous sommes entrés dans une période de risque, avec lequel il va falloir composer. Oui, le risque d'être touché par un attentat augmente, mais il reste de très loin inférieur à celui d'être victime d'un accident de la route. Pourtant, nous continuons tous à prendre notre voiture sans avoir peur. Nos responsables politiques doivent dédramatiser, en montrant qu'ils font ce qu'ils peuvent contre le terrorisme (on ne peut pas enlever ça à l'actuel gouvernement) mais sans paniquer ni désigner de coupables trop faciles, qui permettent d'éluder les vraies raisons de la montée du terrorisme. Un vrai travail de mobilisation du pays est nécéssaire. Convoquer les réservistes, après avoir épuisé l'armée et la Police, n'est pas une réponse à la hauteur de l'enjeu. On ne peut pas franchement dire que le parti "Les Républicains", dans l'opposition, soit exemplaire, bien au contraire. On entend ses dirigeants vociférer à longueur de journée, renforçant ainsi la dramaturgie et la peur autour de ces actes terroristes. Ils ne facilitent pas le travail du gouvernement, et il semble que ce soit le cadet de leur souci. Ils se fichent de l'unité nationale et veulent surtout discréditer le gouvernement pour prendre sa place aux prochaines élections, quel qu'en soit le coût pour le pays.

Les politiques devraient également mener un véritable travail d'introspection, sur les causes profondes du mal. Actuellement, ils ne font que lutter contre les symptômes. Pourtant, une question, essentielle, n'est pas traitée ou si peu : "Comment des jeunes, né et ayant grandi en France, en sont arrivés là ?". Pourquoi tant de jihadistes français en Syrie, au point que la première langue étrangère parlée à Raqqa soit le français ? Des débuts de réflexion existent, mais on les trouvent dans la presse étrangère, rarement dans le débat public en France. Si nous voulons pourtant en finir réellement avec le terrorisme, il faut à la fois combattre Daesh au Moyen-Orient, mais aussi comprendre pourquoi nombre de jeunes les ont rejoints. Cela pourrait nous amener à de réelles remises en cause, sur le caractère très excluant, voire ségrégatif, du fameux "modèle social français". Manuel Valls a touché cela du doigt, mais s'est bien vite arrêté, et depuis, c'est la politique de l'autruche. J'y vois un manque de courage de l'ensemble de la classe politique, face à un travail, il est vrai titanesque, de remise en cause profonde du fonctionnement de la société française.

La politique prônée par les sarkozystes va très vite atteindre ses limites. Si tous les suspects sont parqués dans des camps de rétention, que tout est "sous surveillance" (comme à Nice, ville la plus fliquée de France) et qu'un nouvel attentat est commis, on fait quoi ? Ce jour là arrivera, on s'en rapproche au fur et à mesure que les attentats se succèdent, malgré toutes les mesures prises pour les éviter. A un moment donné, un nouvel attentat obligera à prendre acte de l'impasse que représente une politique uniquement sécuritaire, qui nous aura déshonorés sur le plan des Libertés publiques, sans nous protéger du terrorisme.

Ce jour là, il faudra bien qu'émerge un autre discours politique sur le terrorisme et la lutte antiterroriste. Normalement, c'est le rôle de l'opposition que d'offrir une alternative. Actuellement, ce n'est pas du tout le cas, le parti "Les républicains" poussant à la surenchère sécuritaire. Entre un gouvernement qui se discrédite par ses échecs répétés et une droite qui accélère droit dans le mur, j'ai du mal à voir qui va porter un discours alternatif au tout-sécuritaire, le seul qui puisse nous sortir de l'impasse. Ces voix existent mais sont trop faibles pour se frayer un chemin dans un système politique complètement verrouillé, et vérolé par des professionnels de l'exercice du pouvoir qui ont oublié pourquoi ils étaient là...