La polémique du moment porte sur un concert, finalement annulé, d'un rappeur à l'occasion des commémorations de la bataille de Verdun. Une partie du débat public a été occupé par ce sujet, les uns attaquant, les autres défendant, avec des grands mots comme fascisme ou ordre moral. Je ne prend pas partie dans ce débat. Je connais pas ce rappeur ni son répertoire, et j'en ai un peu rien à faire des commémorations nationales et de la manière dont elles sont organisées. Tout cela est extrêmement secondaire à mes yeux. Ce sont des détails au regard des problèmes que rencontre le pays, dont l'économie ne va pas bien, la société complètement bloquée et qui s'apprête à proroger sans broncher un état d'urgence qui n'a plus aucune justification.

Malgré l'ampleur des sujets, on passe notre temps à s'écharper sur des détails qui relèvent du symbolique et de l'identitaire. Je suis d'accord pour dire que parfois, les symboles, c'est important, mais à condition que ce ne soit pas "le symbole pour le symbole". Derrière un symbole, il faut toujours du réel, sinon, le symbole est vidé de tout sens. Or, qu'est ce qu'on trouve derrière nombre de débats sur des symboles, sinon la trouille d'une partie de la population, qui sent que les choses lui filent entre les mains. Marine Le Pen l'a très bien compris (et avec elle, la droite dure) et fait du rejet de l'autre son fond de commerce. Combien de débats qui tournent autour du pot sur l'islam, où le vrai fond du message, c'est la haine du musulman, décrit comme l'ennemi, celui qui vient prendre le pain de la bouche des "vrais français".

Derrière cette peur, il y a un déclassement de la France. Il est économique, mais aussi moral et intellectuel. La France n'est plus une grande puissance. Elle se croit encore une puissance "moyenne". Elle déchantera le jour où les taux d'intérêts vont remonter et où elle sera étranglée par sa dette. Ce jour là, il y aura un traitement de cheval à la grecque, qui sera administré à notre pays, qui devra sacrifier les derniers éléments de sa "puissance" à savoir son armée, son réseau diplomatique, sa sécurité sociale (qui reste généreuse, car fonctionnant à crédit). Tous, confusément, nous ressentons que notre pays va vers le précipice, et que nos "élites" ne font rien pour changer la trajectoire, voire appuient sur l'accélérateur, tout en lançant les écrans de fumées des "débats de société".

Le pire, c'est que nous nous laissons berner. Nous marchons à fond dans le panneau, et nous jetons avec délices dans des querelles futiles, autour du voile, de la viande halal, des concerts de rappeurs lors des commémorations. C'est le degré zéro du débat démocratique. C'est à nous, si nous voulons être responsables, de refuser ces débats "sur les valeurs" qui ne sont que l'expression d'un renfermement sur soi et d'une résignation au recul du pays, où toute initiative est critiquée. La vraie solution, c'est de reconstruire la Nation, c'est à dire le "vivre ensemble", pour que les gens puisse se raccrocher à quelque chose de positif, plutôt que de regarder avec suspicion l'assiette de son voisin, en se disant qu'il ne mérite pas ce qu'il a (surtout quand il semble avoir plus que vous).

La classe politique en place, celle qui refuse de partir, malgré les pires turpitudes, porte une lourde responsabilité. S'il n'y a plus assez de collectif et de positif en France, c'est en partie à cause de leur immobilisme et de leur renoncement. Ils ne font rien d'autre que gérer le déclin, sans proposer le moindre projet de société qui puisse remobiliser un pays qui, finalement, ne demande que ça mais à qui on ne propose rien de crédible. Les vieilles lunes idéologiques de la gauche radicale ne seront pas à la base de la France de demain, pas plus que l'égoïsme rance de la droite dure.

La Nation devra se reconstruire seule, ses "élites" ayant démissionné. C'est le sens que je vois au mouvement Nuit Debout. Il propose, de manière certes un peu brouillonne, une nouvelle manière de "faire société", sur la base de valeurs qui "parlent" aux générations qui montent, comme l'horizontalité de l'organisation, la "démocratie liquide", le partage, la sobriété (et je ne cite pas tout). On en est au tout début, et le chemin est encore long, mais jusqu'ici, les choses avancent bien, le mouvement semblant tenir le choc, malgré que les obstacles, comme les tentatives de récupération, ou de démolition, des "élites en place", qu'elles soient d'extrême gauche ou de droite.

C'est là que l'avenir du pays se joue, dans ce qui est en train de se construire Place de la République (et ailleurs en France), bien plus que dans les polémiques stériles qui sont le lot commun des médias. En espérant qu'il ne soit pas trop tard...