Médiapart vient d'accrocher un autre politique à son tableau de chasse. Denis Baupin, député vert de Paris, et maintenant ex vice-président de l'Assemblée, a été aligné proprement par le site de presse. Une longue enquête, menée avec Radio-France, a mis sur la place publique un comportement qui peut être qualifié pénalement d'agression sexuelle et et de harcèlement sexuel, avec certaines victimes en situation de faiblesse, car salariées du groupe parlementaire ou du parti. Les témoignages, à visage découvert pour certaines, sont concordants et parfaitement crédibles. Je n'ai absolument aucun doute sur la véracité des faits rapportés par Médiapart (qui, de toute manière, ne peut pas se permettre le moindre loupé sur ce genre de papier).

On y voit un responsable politique libidineux, qui n'hésite pas à partir en chasse, en toute impunité. Des Baupin, il y en a un certain nombre en politique et au Parlement. De tous les bords, et parfois, des gens "populaires" dont on ne se douterait pas qu'ils soient en fait de véritables harceleurs. Certains sont "connus des services" et quand ils recrutent des collaborateurs, le groupe parlementaire, s'il est consulté, évite d'y envoyer des jeunes filles. Les réactions au "cas Baupin" montre à la fois une réelle ignorance des proportions que cela peut prendre, pour ceux qui ne sont pas victimes, une peur des victimes de parler, et surtout, une politique de l'autruche généralisée. Personne ne veut savoir, creuser le sujet, pour ne pas à avoir à porter la responsabilité d'être celui qui sait réellement mais ne dénonce pas. Tous peuvent se réfugier derrière le "je ne pensais pas que cela atteignait de telles proportions" et le font allègrement en ce moment. Mais combien se sont bien gardés de chercher à creuser, devinant ce qu'ils allaient trouver ? Depuis l'affaire DSK, comment prétendre ignorer qu'un "chaud lapin" n'en reste pas à d'aimables badineries et ne se laisse pas arrêter s'il se prend un rateau ?

En cela, l'affaire Baupin est salutaire, car elle met tout le monde devant la réalité, avec des faits clairs, explicites, et malheureusement, dans la "normalité" de ce qui se pratique chez un certain nombre d'hommes politiques. Ces faits restent cachés, car les victimes se taisent, avec malheureusement de très bonnes raisons de le faire (garder son job, pouvoir continuer à faire carrière...) et quand des poursuites sont engagées, elles s'enlisent dans les méandres de la procédures judiciaires, qui est trop souvent favorable aux harceleurs. C'est à la victime de faire la preuve et les temps de la justice sont très longs, et la prescription si courte. Ce n'est malheureusement pas de ce coté que les victimes peuvent trouver du secours. Il va sans dire que tout témoignage en dehors d'une procédure judiciaire fait l'objet d'un procès en diffamation, menace dissuasive pour une victime isolée.

Certains critiquent un "lynchage" et affirment qu'il faut passer systématiquement devant la justice, qu'il n'est pas possible de dénoncer ainsi certains faits. Je comprends leur position, mais sur des situations comme celle-là, je pense qu'ils sont tort. L'institution judiciaire n'est pas en mesure de répondre correctement à sa mission sur les cas de harcèlement sexuel, surtout quand le harceleur est un élu. Quand on voit comment la justice est timorée pour condamner des élus pourtant corrompus jusqu'à la moelle (je pense à certains élus des Hauts-de-Seine, ou encore des bords de la Méditerranée) comment pourrait-il en être autrement sur le harcèlement et les agressions sexuelles ? Mais par contre, il faut que la dénonciation soit solide et documentée. Pas question de laisser passer des basses vengeances, qui une fois l'effet obtenu (la démission de l'élu) se révèlent être des coquilles vides.

L'article et l'enquête de Médiapart remplissent à mes yeux toutes les conditions de sérieux. Je n'ai aucun doute qu'ils tiendront la route devant la 17ème chambre correctionnelle, si d'aventure Denis Baupin va jusqu'au procès en diffamation. C'est avec de telles dénonciations qu'on fait avancer la société, par le prise de conscience (plus ou moins forcée pour certains qui aimeraient ne pas voir) de la réalité de ce que sont les pratiques.