L'un des obstacles à la rénovation de la vie politique est le poids du président de la République dans le dispositif institutionnel. Tout le monde considère qu'il est trop fort, et que la focalisation de la vie politique sur la seule élection présidentielle pose un véritable problème démocratique. Maintenant que les élections régionales sont passées, et que ce sont les présidentielles qui sont en ligne de mire, nous allons le constater douloureusement.

Bien que le problème soit identifié, les propositions de réformes sont rares. Il suffirait pourtant de pas grand chose, dans la Constitution, pour rétablir un équilibre. Beaucoup de pays ont un président élu au suffrage universel (Pologne, Roumanie, Portugal...) sans qu'il soit pour autant au coeur du pouvoir. Bien au contraire, dans ces pays, c'est le Premier ministre, issu du résultat des élections législatives, qui dirige effectivement le pays. Le président y est un arbitre et un contre-pouvoir, une position qui était initialement celle des constituants de 1958, avant que la réforme constitutionnelle de 1962 couplée avec le résultat des législatives de la même année, ne viennent complètement déséquilibrer la pratique.

Dominique Rousseau propose, dans "radicaliser la démocratie", d'enlever au chef de l'Etat la présidence du conseil des ministres, qui se tiendrait à Matignon, sous la présidence du Premier ministre. Ce serait déjà un grand pas, car le président se retrouverait en retrait des décisions gouvernementales, sans capacité d'action sur le quotidien. Mais ce n'est pas suffisant. Il faut aussi enlever au président le pouvoir de nomination du chef du gouvernement, en le chargeant uniquement de "proposer" un Premier ministre, qui serait ensuite investi par un vote de l'Assemblée. Les choses seraient claires sur l'origine de la légitimité politique du gouvernement.

Enfin, il est nécessaire d'encadrer le pouvoir de dissolution de l'Assemblée, que le président peut utiliser à sa guise, sur un simple caprice ou un calcul politique, comme en 1997. Le président ne pourrait dissoudre que si, pendant un délai donné, un premier ministre n'a pas pu être investi par l'Assemblée. Le président ne fait que constater un blocage politique réel et en tire les conséquences. Si un gouvernement est renversé, mais qu'un autre est investi (avec une majorité différente), il n'y a pas de blocage, donc pas de dissolution possible. Cela enlèvera beaucoup de son tranchant à cette arme qui sert avant tout de dissuasion nucléaire pour députés frondeurs. En prime, mais c'est facultatif, on peut rallonger le mandat présidentiel, afin qu'il ne coïncide pas avec celui des députés.

Si on veut en finir définitivement avec le système de la 5eme république "façon 1962", il faut instaurer la proportionnelle, car l'un des piliers de cette constitution de 1962, c'est l'existence du fait majoritaire. Les présidents ont toujours eu une majorité (plus ou moins solide) à leur disposition, rien qu'avec les députés de leur parti. C'est beaucoup plus facile, dans ce cas, de mettre les députés au pas, alors que s'il faut constituer une coalition, ça se complique. Une majorité absolue issue d'un seul parti n'a jamais intérêt à une dissolution, alors qu'au sein d'une coalition, l'un des partenaires peut y trouver son intérêt, et donc provoquer une crise politique. Cela obligera également le chef du gouvernement à composer avec des partenaires, et donc à négocier les décisions. C'est toute la pratique de décision gouvernementale, basée sur les réunions interministérielles peuplées de fonctionnaires et de conseillers de cabinets, qui s'en trouverait chamboulé.

Nous aurions ainsi une vie politique "normale", à l'image de ce qui se passe chez tous nos voisins européens, où les gouvernements de coalition sont fréquents et où c'est le chef du gouvernement qui dirige le pays, en étant responsable devant les députés et le peuple lors des élections.