J'ai envie de commencer l'année par une note un peu plus positive, sur les moyens de sortir du marasme dans lequel notre vie politique se trouve (et que je dénonce pas mal depuis quelques semaines). Les solutions existent pour en sortir, et je commence ici une réflexion, qui ne prétend pas délivrer des vérités, mais ouvrir des pistes. Les citoyens ne doivent plus rester les deux pieds dans le même sabot, à regarder la haute administration et les lobbies économiques faire leurs petits arrangements, sous le regard impuissant des élus.

Je crois fondamentalement qu'une nouvelle forme de pensée politique est en cours d'émergence. Elle vise à donner au citoyen un pouvoir politique qui ne passe pas uniquement par le vote (et entre-temps, "ferme ta gueule") mais qui puisse aussi organiser une forme de participation continue à la décision publique. L'open gov, le "gouvernement ouvert", thématique anglo-saxonne, arrive en France et progresse, même si on part de loin. les outils se mettent en place grâce au numérique, avec une poussée des thématiques autour de l'économie collaborative, montrant une réelle créativité. Des intellectuels français s'y mettent aussi, comme Dominique Rousseau ou Pierre Rosanvallon, et élaborent un outillage théorique autour de la nouvelle manière d'organiser la démocratie.

Toute une mouvance autour des mécanismes démocratiques se met en place, un peu plus laborieusement, il faut le dire. J'ai beaucoup de sympathie pour les collectifs qui veulent rénover la démocratie, comme "Ma voix", parlement et citoyens, Démocratie ouverte, Democratech, "La primaire", ou encore, dans un autre genre, la quadrature du net ou Transparency international. Tous ne sont pas au même niveau de maturité. C'est même encore un joyeux bordel immature, avec pas mal de bisounours, et quelques uns, quand même, qui arrivent à construire quelque chose qui tient la route. L'ensemble a encore besoin de se fédérer, de mieux connaitre les réalités de l'exercice du pouvoir et d'acquérir une armature intellectuelle solide qui puisse porter politiquement les revendications. Mais les volontés et le potentiel sont là, ce qui est déjà beaucoup.

Cela demande de travailler, d'y passer du temps. Cela va éliminer beaucoup de monde dans un premier temps, celui de la montée en puissance, où ceux qui se contentent de "liker" n'ont aucun rôle à jouer. Je ne peux qu'inviter ceux qui veulent agir à rejoindre ces collectifs, à se plonger dans des lectures. Rosanvallon et Rousseau sont très bien pour commencer, avant d'attaquer la littérature anglo-saxonne, bien plus abondante. Le simple réflexe de contacter (sans agressivité) ses élus, est déjà une bonne chose, car les changements ne passeront pas nécessairement par un renouvellement complet des élus actuels. Il y en a un certains nombre qui sont ouverts à ses nouvelles formes de démocratie (non, pas Ségolène...) et les autres sont majoritairement prisonniers d'un système qui ne leur laisse le choix qu'entre s'incliner et suivre ou partir.

Le renouveau démocratique passera par une renaissance de la société civile, qui doit avoir un rôle politique, au sens noble du terme. Je crois fondamentalement aux vertus de la délibération, qui est l'échange d'idées, de propositions, avec des débats et des controverses. C'est de ce processus que se dégage, progressivement, un projet politique, des lignes directrices et les élus ne sont pas les seuls à pouvoir remplir cette fonction. D'ailleurs, ils la remplissent assez mal, d'où le malaise actuel. Plutôt que de vouloir les remplacer, il est possible de les décharger d'une partie de leur tâche (ils ne vont pas tous apprécier) et d'organiser autrement la "gouvernance", en réinjectant les citoyens dans le processus décisionnel, qui est un continuum où le vote n'est que l'étape finale.

Tout cela passera par des procédures collaboratives, permises et facilitées par les outils numériques. Des projets comme Wikipédia ont permis de voir que c'est possible à organiser (même si c'est horriblement compliqué). Au delà des procédures, ce mouvement a aussi permis de dégager des valeurs et des attitudes, fondées sur l'écoute et la bienveillance, qui favorisent un bon fonctionnement démocratique. C'est la combinaison de tout cela qui peut nous amener à voir le bout du tunnel. Mais cela ne se fera pas tout seul...