Quelques heures après les attentats, le président a décrété l'état d'urgence, qui a été prolongé, moins d'une semaine plus tard, par un vote du Parlement. J'aurais été parlementaire, j'aurais voté cette loi. J'estime normal que devant une attaque aussi violente, l'Etat se donne les moyens, non seulement de rechercher les coupables, mais aussi de prévenir d'autres attaques, en allant perquisitionner chez ceux que l'on sait être des terroristes en puissance. Sans pour autant interner tous ceux qui font l'objet d'une "fiche S" pour radicalisme djihadiste, il m'apparait justifié de leur faire une petite visite impromptue, pour voir s'ils n'ont pas des armes ou d'autres choses qui permettent de commettre des crimes. Qu'il y ait quelques entorses à l'état de droit à cette occasion, c'est certes dommageable, mais elles n'apparaissent pas disproportionnées au regard des évènements.

Par contre, c'est absolument inadmissible que ce même état d'urgence soit utilisé pour museler des opposants politiques n'ayant strictement rien à voir avec le terrorisme islamique. Que le gouvernement assigne à résidence des militants écologistes est inacceptable. C'est une violation manifeste du vote du Parlement, qui a accepté la prolongation de l'état d'urgence pour lutter contre le terrorisme. L'utiliser pour autre chose, c'est de l'abus confiance. C'est un délit pénal, pour n'importe quel citoyen...

Le gouvernement l'a-t-il ordonné sciemment, ou s'est-il laissé déborder par la Police ? Dans les deux cas, c'est grave et une ligne rouge a été franchie. La confiance que je pouvais avoir dans ce gouvernement et dans ses membres est rompue. Une rupture profonde, de celle qu'on garde longtemps en mémoire et qu'on ne pardonne pas. Les libertés publiques sont une chose essentielle à mes yeux. Qu'un gouvernement démocratique se permette ainsi de les transgresser, pour des raisons de convenance personnelles est inacceptable. Il ne s'agirait alors que d'une première brêche, qui peut amener à d'autres dérapages et débordements. Même si je ne partage (encore) les craintes de certains concernant une dérive autoritaire, la pente est quand même bien glissante.

Malheureusement, une telle attitude n'est pas inédite dans l'histoire. A une autre époque, un socialiste, Guy Mollet, s'est lui aussi fait déborder et entrainer dans une dérive sécuritaire pour faire face à la guerre d'Algérie. De fait, les commandes du maintien de l'ordre sont passées des politiques aux militaires, avec tous les dérapages que l'on connait, et qui n'ont pas fait honneur à la France qui se veut "patrie des droits de l'homme". Cela n'a pas réglé le "problème algérien" et s'est terminé par une crise de régime. J'ai bien peur que l'histoire ne se répète mot pour mot...

J'espère que Manuel Valls et François Hollande réagiront rapidement et rétabliront la barre, en désavouant les mesures prises contre des militants politiques n'ayant rien à voir avec le terrorisme. Sinon, c'est une tache politique qui restera longtemps sur ce gouvernement et sur le PS, qui finira dans l'histoire aux cotés de Guy Mollet et de la SFIO. Pas vraiment glorieux mais malheureusement tout à fait possible.