Le gouvernement vient de lancer la consultation publique sur l'avant-projet de loi sur le numérique d'Axelle Lemaire. Ça se passe ici, et vous avez jusqu'au 19 octobre pour participer. Je vous encourage à la faire, car pour une fois, le jeu me semble en valoir la chandelle. Je ne suis pas un grand fan de ce gouvernement, et pourtant, là, il se passe quelque chose qui vaut qu'on s'y penche de plus près, et surtout qu'on relève le défi...

Jusqu'ici, les consultations en ligne relevaient du foutage de gueule. On ouvrait une boite mail et on demandait aux internautes de poster leurs messages. Pas de filtre, pas ou peu de possibilités d'interagir avec les autres contributeurs, de dialoguer. Derrière, les initiateurs de la consultation ne tenaient aucun compte des résultats, qui de toute manière, n'avaient aucun intérêt ou si peu. Puis, des outils sont venus, permettant une meilleure organisation. De leur coté, les dirigeants ont appris à mieux cerner ce qu'ils attendent, et donc ont affiné leur positionnement. Ils ont aussi compris qu'on ne fait venir les gens sérieux que s'il y a des retours et des réponses. Une consultation publique, c'est d'abord un dialogue entre des citoyens et des décideurs.

Un premier saut qualitatif a eu lieu avec la consultation du conseil national du numérique. Mais il manquait encore des éléments pour que la sauce prenne. Il ne s'agissait que de contribuer à un rapport, dont on ne savait pas trop ce qui allait en sortir, et surtout, s'il allait avoir un impact. Je veux bien m'investir, mais pas pour des prunes. Je n'y suis donc pas allé. Je dois reconnaitre qu'il en est quand même sorti des choses intelligentes, qui pourront resservir.

Le deuxième saut qualitatif, qui lui éveille mon attention, c'est la consultation gouvernementale sur le projet de loi numérique. Il y a un vrai texte, sur lequel on peut proposer des amendements précis, et argumenter (en pour ou en contre). Au final, il y a une loi, donc du sérieux. Les membres du gouvernement ont compris les mécanismes, et ne promettent pas la lune. Les propositions des internautes ne seront pas automatiquement reprises, mais passeront au tamis des réunions interministérielles. En clair, il n'en restera peut-être pas grand chose. Mais au moins, les propositions les plus sérieuses et les plus "plébiscités" recevront une réponse officielle. Le gouvernement dira pourquoi il n'en veut pas. C'est déjà beaucoup s'il le fait réellement, car parfois, certains refus ne sont pas évidents à expliquer et c'est tellement plus facile de faire sa tambouille dans la discrétion, sans rendre de comptes.

Cette consultation est un défi pour les citoyens, car il va falloir bosser, construire, argumenter. C'est là qu'on va voir ce que les gueulards ont dans le ventre et s'ils sont capables de produire autre chose que du yakafakon et d'accepter qu'un débat s'instaure sur leurs propositions. Amender un texte législatif, ce n'est pas à la portée du premier venu, mais si on veut peser, il faut être capable de le faire. C'est là aussi qu'on va voir aussi ce que valent certains groupes, en terme de soutiens, car le gouvernement a bien précisé qu'il ne répondra qu'aux propositions qui ont suscité un véritable enthousiasme auprès des internautes. Il va donc falloir faire de la pub et du rabattage, déployer ses réseaux, afin d'agréger les soutiens et montrer qu'on représente réellement quelque chose. Il y aura peut être des surprises, tant sur la capacité à émettre des propositions argumentées, que dans la capacité à mobiliser... ou pas !

Les citoyens qui demandent aux politiques d'être à l'écoute, de consulter, sont maintenant au pied du mur. L'outil technique mis en place (même s'il est encore perfectible) tient la route, le sujet soumis à consultation n'est pas pipeau, les décideurs semblent avoir la ferme intention de jouer le jeu. Reste à voir si la société civile est à la hauteur...