Le plafond de la connerie et de l'abjection a été crevé aujourd'hui par Patrick Devdejian, avec son "trait d'humour" sur les migrants : "les allemands nous ont pris nos juifs et nous rendent des arabes". Même s'il a rapidement rétropédalé, se rendant compte de l'énormité de sa connerie, et surtout, des réactions qu'elle suscite, cette sortie est révélatrice de la situation de la droite et d'une partie de notre pays face au drame des réfugiés du Moyen-Orient.

Ces gens fuient la dictature la plus obscurantiste, celle de Daesh (et plus généralement la guerre civile), prennent des risques énormes avec des enfants en bas âge. Ils ne le font pas par plaisir, mais parce que c'est la seule issue. A leur place, on ferait la même chose. La qualité de l'accueil que nous leur réservons est juste à gerber. Avec un président qui joue les petits bras, proposant d'accueillir 24 000 personnes quand ce sont plusieurs dizaines de milliers qui sont chemin, et une droite dure qui fait de la démagogie en refusant tout simplement de les accueillir, c'est rare que j'en arrive à ce point, mais là, j'ai honte d'être français. Notre classe politique est largement à coté de la plaque, quand ce n'est pas en dessous de tout, à afficher une telle frilosité. Ils ne semblent pas se rendre compte que nous sommes devant un mouvement d'une ampleur inédite, qui appelle une prise de conscience et des mesures exceptionnelles.

L'Allemagne a eu une attitude autrement plus noble. Certes, leur situation démographique fait que cette arrivée de main-d'oeuvre leur rend bien service, pour faire tourner leur industrie. Mais il n'empêche, sur un plan symbolique, ils ont su "accueillir". Cela ne consiste pas simplement à trouver des places en centre d'hébergement, à nourrir et à vêtir. C'est accepter de "faire une place". Les français s'en sont montrés jusqu'ici incapables, et ne semblent pas prêts de s'y mettre. Il y a bien quelques initiatives, venues de la base pour l'essentiel. Pour le reste, j'ai l'impression de vivre dans un pays de petits vieux, qu'il ne faut surtout pas bousculer dans leur petit confort rabougri. Le surgissement de ces inconnus les paniquent. "Mais qu'est-ce qu'on va bien en faire ?" "ne vont-ils pas prendre le dessus sur nous ?". On dirait des petits vieux qui n'ont pas d'énergie, de projets, qui se coupent progressivement de l'extérieur, et voient petit à petit leur espace se restreindre. "Du lit au fauteuil et puis du lit au lit" comme le chante Jacques Brel...

Les peuples qui n'arrivent plus à se projeter dans l'avenir et à faire face à l'imprévu sont des peuples moribonds et décadents et finissent par disparaitre. Oui, la pression des populations de l'Afrique et du Moyen-Orient est importante. Oui, ils sont à nos portes. La vraie question est de savoir si nous sommes capables de les accepter et de partager notre richesse. Face à l'abime qui nous sépare des Syriens, des Erythréens, tant sur le plan économique que politique, comment ne pas entendre leur demande ? Oui, si nous ne leur donnons rien, ils vont prendre. Sauf si nous avons l'intelligence de leur donner. Et c'est là que le bât blesse, car la réaction majoritaire, en France, c'est de relever les barrières et de tirer dans le tas, pour ne pas partager, ne pas s'ouvrir, ne pas avoir à se remettre en cause.

Si la France est dans une telle situation économique et politique, avec une absence de croissance, du chômage, une classe politique à la ramasse, c'est à cause de notre état d'esprit. Nous avons cessé d'avancer, d'investir, de nous projeter, pour nous recroqueviller. Jusqu'ici, nous arrivions à masquer la misère, en reléguant dans des ghettos. Aujourd'hui, avec ces images d'enfants morts, noyés sur une plage, plus possible de faire l'autruche et de fuir nos responsabilités. C'est pourtant ce que s'acharnent à faire certains, qui prêchent encore et encore le renfermement et l'exclusion de cet autre qui nous demande de l'aide.

Cette "crise des migrants" est finalement le révélateur de l'état de décrépitude morale et psychologique dans laquelle se trouve notre pays. Arriverons nous à relever la tête et à sortir de cette voie mortifère ? Je le souhaite... mais j'ai un peu peur que nous en soyons incapables.