Après deux semaines d'atermoiements, le président de la République vient de désigner, à l'heure du déjeuner, la remplaçante de François Rebsamen au ministre du travail et de l'Emploi. Les "Madame Soleil" des remaniements se sont, une fois de plus, planté dans les grandes largeurs. Personne n'attendait Myriam El Khomri. C'est bien le problème...

Je n'ai rien contre Madame El Khomri, qui est peut-être quelqu'un de très bien. Par contre, je me demande sincèrement ce qu'elle fait à ce ministère. Faire monter aussi haut une apparatchick du parti socialiste parisien, pour qui l'expérience du suffrage universel se résume à être sur la liste PS dans le 18ème arrondissement, je trouve cela bien imprudent. Autant, on pouvait comprendre qu'elle soit secrétaire d'Etat à la Ville, c'est à dire à un poste "symbolique" essentiellement voué à la représentation, autant le ministère du Travail, c'est du sérieux. C'est un ministère de plein exercice, avec des services administratifs remplis d'énarques qui ne demandent qu'à manger la laine sur le dos du ministre. Il y a de vrai enjeux, avec la mise en oeuvre de la loi Rebsamen, tout juste adoptée. Et enfin, last but not least, il faut négocier avec des syndicalistes aguerris.

Pour un tel poste, il faut un politique aguerri qui ait de la surface politique, une capacité à obtenir des arbitrages favorables et soit capable de tenir tête aux centrales syndicales. Vu le bilan, inexistant, de Myriam El Khomri, au secrétariat d'Etat à la Ville, il y a de quoi être inquiet. Elle a eu sa chance, avec ce "petit poste", de faire ses preuves. Contrairement à Najat Vallaud-Belkacem, elle est loin de les avoir faites. Cette promotion semble donc incompréhensible.

Or, en politique, c'est très dangereux de ne pas être compris. Devant une décision qui apparait aussi étrange et déroutante, on peut se demander si François Hollande a vraiment toute sa tête, ou s'il a encore les pieds sur terre. Cette nomination donne l'impression d'un caprice de souverain, qui se moque des réactions et décide selon son bon plaisir. C'est une manière de perdre rapidement son crédit politique. Un jeu dangereux, auquel beaucoup de président de la République finissent par céder. Je me rappelle de la décision de Chirac, nommant Dominique de Villepin comme Premier ministre. Une erreur monumentale, qui aurait pu coûter très cher à la droite, tant le personnage est hors des réalités et dénué de sens politique. Avant lui, le choix d'Edith Cresson comme premier ministre pouvait aussi passer pour un incongruité. Mais ce genre d'erreur, les autres présidents l'ont fait en fin de deuxième mandat, pas au bout de 3 ans...

Tout dans cette affaire, le choix de la personne comme le timing, donnent l'impression d'un président qui flotte complètement et a quitté le plancher des vaches. Inquiétant pour les socialistes, qui doivent se demander ce que François va leur préparer pour l'après "déculottée" des régionales.