La rénovation de la vie politique est un sujet qui attire, et je ne peux que louer les initiatives permettant un meilleur fonctionnement de la démocratie. Malheureusement, beaucoup sont viciées à la base par une méconnaissance du fonctionnement du pouvoir. Pour y avoir baigné depuis des années, je sais comment ça fonctionne et je m'attendris parfois devant les propositions "bisounours" qui croient que les poncifs sur la démocratie, la primauté de l'intérêt général et autres balivernes existent réellement. C'est bien de rester idéaliste, c'est noble, mais on se fait juste défoncer en deux secondes quand on descend dans l'arène...

Il n'empêche, je pense sincèrement que des progrès sont possibles, notamment à partir des outils numériques et de la transformation des usages et pratiques que permettent ces outils. Les marges sont même très importantes. J'essaye d'y réfléchir ici, et je guette les initiatives.

Je viens d'en repérer une qui me semble prometteuse, democratech.co. Ce projet souhaite faire émerger, par le biais des réseaux sociaux et de la "multitude" un candidat à la présidentielle qui ne soit pas issu d'un parti politique. Il y a une bonne dose de "pensée bisounours" dans la présentation. Le refrain bien connu du "les partis ne nous représentent pas" accompagné d'un rejet de la politique "politicienne" verse dans le lieu commun de ceux qui ne connaissent pas assez comment fonctionne ce milieu. Le profil "chef d'entreprise" du fondateur me renforce dans mon a-priori, car le monde politique fonctionne sur une rationnalité très différente de l'entreprise. Ce qui m'a le plus attendri, c'est cette prétention à faire émerger un candidat à la présidentielle, tout en restant neutre idéologiquement. Si on lance un candidat à la présidentielle, c'est pour porter un projet cohérent et identifiable. Un candidat qui débarque avec juste "je suis tout beau, tout nouveau et je viens de la multitude" n'ira pas loin, faute de bagages.

Ou alors, ce projet est mené par des gens qui savent parfaitement ce qu'ils font, et entendent se servir de l'outil et de l'initiative pour avancer masquer et imposer, en douce, un programme qui n'a rien d'idéologiquement neutre. Je n'ai aucun élément me permettant de dire si democratech entre dans cette catégorie, mais je sais que le risque existe. Le précédent "nous citoyens" de Denis Payre, qui part en lambeaux, comme son homologue de gauche, Nouvelle Donne, est là pour montrer qu'il faut toujours regarder ce qu'il y a derrière un projet qui se présente comme "apolitique" tout en présentant des candidats aux élections. Il y a là une dissonance cognitive qui m'interpelle et déclenche des signaux d'alarme.

Toutefois, ce projet a attiré mon attention, car dans les soutiens affichés, figure Nicolas Colin. Co-auteur d'un livre, "l'âge de la multitude" et du concept éponyme, il développe depuis quelques temps une pensée affutée sur la transformation numérique de la société. Vu le parcours, ENA, inspection des finances, c'est loin d'être un bisounours ignorant des réalités des lieux de pouvoirs. Le voir figurer dans la liste des "fondateurs" m'a donc intrigué. S'il s'est embarqué dans la galère, c'est qu'il doit avoir une idée derrière la tête...

J'attends donc de voir ce que cela va donner. Je ne sais pas si le candidat qui sera présenté sera élu, mais je pressent, au regard de la nullité des partis politiques dans l'utilisation et la compréhension du numérique, qu'il peut y avoir un coup à jouer pour des "barbares". Comme Uber a fait exploser en vol le modèle économique des taxis, peut-être allons nous vivre une expérience similaire avec la politique, où il existe de fortes similitudes avec le marché des taxis : une offre de qualité médiocre, qui tient grâce à un monopole rendant la clientèle captive...

Si le but est de mettre le bazar et d'uberiser la politique, c'est la présidentielle qu'il faut viser et c'est maintenant qu'il faut partir. Si le but du projet est bien celui-là, et pas une ènième tentative "bisounours", je veux bien en être...