Je ne peux pas dissimuler un certain pincement au cœur à la nouvelle de la disparition de Charles Pasqua. Je suis parfaitement lucide sur les travers de l'homme, ses liens avec des milieux douteux et les commissions occultes, son coté "barbouze" et ses casseroles dans les Hauts-de-Seine. Mais je lui reconnais une véritable stature, qui manque cruellement à la classe politique actuelle. Au moins, Pasqua, il avait des couilles.

Son parcours est tout, sauf celui d'un apparatchik. Résistant, puis directeur commercial chez Ricard, il a commencé à la dure dans la politique, en se lançant dans les Hauts-de-Seine à une époque où Levallois-Perret avait un député-maire communiste. Cela lui a valu de mordre la poussière aux législatives de 1973 et aux cantonales en 1976. Ses mandats, il est allé les chercher avec les dents. Si les Hauts-de-Seine ont largement basculé à droite, c'est en partie grâce à lui. Certes, avec des méthodes pas toujours très orthodoxes, mais face à des communistes tendance Marchais, il fallait bien une bête politique.

En fait, c'est ça qui me touche chez Pasqua, son coté "animal politique" qui manque tant aujourd'hui, où nous n'avons que plus que des élus élevés en bocal, biberonnés à la politique dès leur plus jeune âge et qui n'ont rien connu de la vie. Ils ne sont pas forcément plus honnêtes et éthiques que Pasqua, tout en étant plus ternes et moins efficaces. Un élu, ça doit savoir trancher, renverser la table s'il le faut (façon Tsipras...) et pour ça, il faut du tempérament. Pasqua en avait...

Je sais bien qu'on va me balancer son action comme ministre de l'Intérieur et les violences qu'il y a pu y avoir lorsqu'il était en poste. Personnellement, je ne trouve pas son bilan si mauvais que ça, quand je regarde Cazeneuve. Au moins, Pasqua ne se serait pas laissé embobiner par les services de renseignements, qui ont fait de Cazeneuve leur porte-serviette avec la loi sur le Renseignement. Confronté lui aussi à une vague d'attentats, sans une série de lois d'exception anti-terroristes, Pasqua n'a pas démérité, alors qu'aujourd'hui, je trouve que ça flotte beaucoup trop au gouvernement, incapable de comprendre et de penser ce qui nous arrive.

Et puis surtout, au moins, avec Pasqua, on se marrait bien. C'était un personnage, comme on n'en fait plus aujourd'hui. C'est peut-être pour ça que la vie politique est aussi morne. Il n'y a plus personne que l'on puisse soit aduler, soit détester. Ils sont tous passe-murailles. Or, le rôle de la politique est aussi de faire vibrer et donc d'avoir un effet d'entrainement. Comment voulez-vous rêver avec Hollande le tout mou et Valls le carriériste ? A droite, ce n'est guère mieux, entre Juppé le lieutenant vieillissant, Fillon le hobereau de province, et Sarkozy, le cow-boy sur le retour. La France est bloquée, et c'est en grande partie la faute de son élite, qui manque dramatiquement de courage.

La mort de Charles Pasqua, c'est le départ d'une classe politique qui avait ses défauts, mais qui en échange, avait aussi des qualités. Aujourd'hui, on a des élus qui ont toujours les défauts, sans forcément avoir les qualités...