La gauche française n'en finit pas de sombrer. Les exemples ne manquent pas, à commencer par le PS, dont le naufrage sera long, même s'il y met beaucoup de bonne volonté. Le sujet du jour, c'est Nouvelle Donne, un parti lancé tout feu toute flamme, qui allait changer la politique et renverser la table à gauche. On allait voir ce qu'on allait voir. Résultat, après une période de stagnation, le mouvement éclate, avec le départ d'un certain nombre de leaders. Pas bien compliqué de lire, dans le manifeste des partants, que le grand chef, Pierre Larouturrou se comporte en apparatchik qui verrouille et place ses amis, pour diriger en autocrate. Un classique !

Je dois dire que tout cela me fait bien rire, tant cette fin était prévisible. La rencontre de bisounours avec un vieux briscard des appareils politiques ne pouvait que déboucher sur des désillusions (Je te l'avais bien dit, Isabelle...). Que va-t-il rester de Nouvelle Donne ? Rien, tout juste quelques lignes dans les livres d'histoire politique de la gauche. Il n'en sera sorti aucune réorganisation à gauche, aucune idée nouvelle, et encore moins de pratiques innovantes. Au contraire, ça sent la tambouille à l'ancienne, mal cuisinée par un leader sans charisme.

Pourtant, il y a des choses à faire. Encore faut-il partir sur de bonnes bases, en collant à la société et à ses attentes. Choisir de créer un nouveau parti, avec le même fonctionnement (en pire) que les partis traditionnels, c'est aller dans une impasse. Certes, il faudra toujours des élus, donc des organisations pour les sélectionner, les former et accessoirement, les faire élire. Mais l'important n'est pas là. Laissons donc deux grands partis, un à droite, l'autre à gauche, assurer le travail de recrutement. Être un élu, c'est un métier, qui demande des qualités particulières et une formation. Faisons en sorte que ces futurs élus envisagent d'être des animateurs du débat et des décideurs qui assument des choix quand c'est nécessaire de trancher. Si les partis politiques arrivent à produire ces élus, ils auront rempli leur rôle.

Ce qui compte, c'est la manière dont ces élus interagissent avec la société, la façon dont ils travaillent avec les citoyens, en vue de l'intérêt général. C'est là que beaucoup de choses restent à inventer, même si ça avance car avec le numérique, les outils existent.

L'erreur de base consiste à croire qu'il faut être élu pour faire de la politique, et que les partis sont le passage obligé. Cela ne correspond plus du tout aux attentes des citoyens, ce qui explique le dépérissement des partis. Il est possible de s'investir en étant un simple citoyen, sans chercher à entrer dans les querelles, parfois nauséabondes, qui sont le quotidiens des chapelles partisanes. Les élus sont en général intéressés par les retours du terrain, à condition qu'ils soient intelligents et construits. Je prends l'exemple des plateformes telles que "Parlement et citoyens", qui met en relation des parlementaires désireux de se lancer dans une proposition de loi, et des citoyens, intéressés à la co-construire. Certes, c'est encore balbutiant, mais les élus qui se sont lancés n'ont que rarement été déçus, voire en redemandent.

La généralisation du dispositif, avec d'un coté des élus qui acceptent de jouer le jeu, et de l'autre, des citoyens prêts à s'investir, pourrait donner des résultats impressionnants. L'Etat Plateforme, cher à Henri Verdier et Nicolas Colin, ce n'est pas réservé à l'administration. Les parlementaires peuvent aussi s'en servir. Je rêve qu'une mission d'évaluation de l'Assemblée nationale ou du Sénat fasse appel au crowdsourcing pour traiter des données, recueille par internet les contributions de fonctionnaires de base, ceux qui sont au guichet et assistent impuissants aux désastres initiés par les "sachants" d'en haut.

Le raisonnement vaut aussi pour l'élaboration d'idées. Cela fait belle lurette que toute activité idéologique un peu sérieuse a déserté les partis politiques. Les leaders, à la veille des élections, vont picorer un peu partout des idées ou des mesures clés-en-mains, pour être dans l'air du temps et faire illusion le temps d'une campagne. Là encore, le numérique offre les outils pour une ou des communautés qui veulent réfléchir, penser la société de demain, tout en étant pas pollués par les questions d'élections. Si des propositions en écho avec leur époque émergent, les élus sauront très vite les trouver et s'en emparer.

L'activité politique de demain, elle est là, dans l'action concrète, la co-construction des politiques publiques, bien plus que dans la masturbation intellectuelle et les délires idéologiques où sombrent bien des partis politiques. Plus on va vers la gauche, plus c'est marqué... Le drame de Nouvelle Donne est là : des personnes de bonne volonté ont été attirés sur une mauvaise route, celle du militantisme dans un groupuscule où on se chamaille pour des investitures à des élections où on fera 3% (au mieux).