L'affrontement final a eu lieu au Front National. Marine Le Pen a finit par être obligée de mettre à la porte son père, après une nouvelle série de dérapages et de provocations. Cela a déclenché la très prévisible fureur du père. Depuis que Jean-Marie a passé la main à Marine, on attendait ce moment. La tension était beaucoup trop forte pour que ça tienne longtemps. Que Jean-Marie Le Pen accepte de passer réellement la main est surprenant. Ce genre d'animal politique ne part vraiment que les pieds devant. Si, en raison de leur âge, ils sont contraints de prendre du recul, ils rappellent constamment que, tant qu'ils sont vivants, il faudra compter avec eux. C'est ce que Jean-Marie s'est constamment employé à faire, jusqu'à ce qu'il force un peu trop la dose, et oblige son parti à trancher. Cet épisode dramatique est crucial pour l'avenir du Front national.

Pour Marine Le Pen, c'est l'occasion de rompre définitivement avec les aspects "fachos" du FN à l'ancienne mode, pour achever sa "dédiabolisation". Même s'il reste encore beaucoup de gens très douteux dans les rangs du FN, ils perdent leur figure de proue et certains peuvent espérer que, progressivement, les nazillons et autres pétainistes quittent le FN. En apparence, elle y gagne. Pour moi, c'est beaucoup moins clair, car il y a beaucoup d'inconnues et d'incertitudes à lever rapidement si elle veut être en état de peser lors de la présidentielle de 2017.

Première hypothèque, Jean-Marie Le Pen lui-même. Tant qu'il n'est pas entre quatre planches, le vieux conserve toute sa capacité de nuisance. Même si, officiellement, il n'est plus membre du FN et ne parle donc pas en son nom, il sera toujours présent dans les médias et ses dérapages éclabousseront le FN. Maintenant qu'il est dehors, Jean-Marie peut se lâcher encore plus, considérant qu'il n'a plus personne à ménager. S'il est encore vivant et lucide en 2017, il peut sérieusement perturber la campagne de sa fille.

Deuxième hypothèque, le départ des fachos est loin d'être acté. Il va falloir faire voter les militants pour exclure définitivement Jean-Marie. Un moment sans doute difficile, car il bénéficie encore de soutiens. Il faudra du temps panser les plaies si jamais le psychodrame entraine des déchirures dans le parti. Et ce n'est que la première étape, car il faudra nettoyer le FN de son aile droite, comme Gollnish et de quelques autres, qui ne donneront pas le bâton pour se faire battre. L'image restera encore longtemps, au point qu'il faudra sans doute, à terme, changer le nom du parti, abandonnant ainsi tout un héritage. Combien de militants vont partir ? Arrivera-t-elle à les remplacer par d'autres ? Il est possible que le FN sorte saigné quantitativement, mais aussi peut-être "qualitativement", et ait du mal à s'en remettre.

Troisième hypothèque, arriver à reconstruire un parti qui n'a plus rien à voir avec l'ancien. On le voit bien dans les expériences étrangères, en Espagne ou en Italie, la transformation d'un ancien parti néo-fasciste en parti conservateur de droite est compliqué. C'est une vraie rupture qui implique d'arriver à refonder complètement une doctrine. Or, Marine Le Pen a un défaut majeur pour mener à bien ce projet : elle est la fille de son père et porte son nom. C'est ce qui lui a permis d'arriver là où elle est, mais ce sera aussi son plafond de verre. De plus, même si elle s'est entourée d'énarques et de gens qui ont un cerveau, son staff reste encore bien faiblard. Quand on se donne la peine de lire ses programmes et déclarations de fond, on voit bien que ça ne vole pas bien haut.

Quatrième hypothèque, la manière dont Marine Le Pen va vivre la rupture. Elle assassine politiquement son père. Ce n'est pas rien. On est dans l'affectif, et contrairement à ce que l'on peut penser, Marine Le Pen fonctionne pas mal à l'affectif. Il ne faut donc pas sous estimer le risque de la voir déstabilisée, et donc, mal gérer l'opération. Rien ne serait pire pour elle que de "pardonner" à son père et de le réintégrer. Mais quand l'affectif entre dans le jeu, on peut être amené à faire n'importe quoi.

Or, pour Marine Le Pen, l'échéance de 2017 est cruciale, ce qui lui laisse bien peu de temps pour lever toutes ces hypothèques. Tout le monde l'attend au second tour de la présidentielle. Si elle n'y est pas, cela va briser la dynamique qu'elle a mis en place. Certains, à comment par sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, pourrait vouloir contester son leadership. Il faudra qu'elle attende encore 5 ans pour retenter sa chance, en arrivant à continuer à faire exister son parti pendant ce temps là. Je ne miserais plus aussi surement sur la présence de Marine Le Pen au deuxième tour...