Je suis absolument sidéré des attaques subies par Julia Reda de la part des patrons des sociétés de gestion de droit, qui sont stupéfiants de bêtise et de conservatisme. Que l'on puisse être en désaccord avec les solutions qu'elle propose, cela peut se concevoir. Mais là, c'est la démarche même, la simple idée d'une modernisation et d'une sécurisation du droit d'auteur qui est remise en cause, de manière caricaturale. Ils montrent ainsi qu'il n'y a pas mieux que le droit d'auteur pour tuer la création.

Il faut commencer par poser quelques éléments. Le rôle des SPRD est de collecter de l'argent. Il ne faut jamais l'oublier, car ils cherchent, à longueur de temps à se faire passer pour "la création" et les "artistes". Leur but est de maximiser les profits qu'ils peuvent tirer d'un portefeuille de droits de propriété intellectuelle. Il sont dans une économie de la rente, incapables de prendre le moindre risque, et encore moins d'envisager une mutation du système qui leurs rendraient obsolètes. Aucune organisation humaine n'accepte de se suicider, les SPRD ne font pas exception.

Depuis l'arrivée du numérique, on les entend brailler à longueur de temps, critiquant toute évolution, semblant incapables de la moindre capacité d'innovation pour se mettre à l'heure du numérique.

Pourtant, le numérique change complètement la donne, tant pour le public concerné que pour les usages possibles. D'un seul coup, un accès massif et quasi gratuit à la culture devient possible. Wikipédia est sans doute la plus belle réalisation dans ce domaine. Mais il n'y a pas que l'accès à la culture. A partir de cette matière première abondante que sont les biens culturels dématérialisés, il devient possible de monter des services innovants, à forte valeur ajoutée. Même si c'est beaucoup plus développé avec la data, la dynamique reste la même partout. Il faut accepter d'ouvrir en n'ayant aucune idée de ce qui peut être fait, et accepter de perdre un peu maintenant, pour éventuellement gagner plus, dans un second temps. Cela demande une prise de risque, et surtout, une capacité à comprendre d'autres modèles économiques et une agilité pour se repositionner afin de valoriser au mieux ses actifs dans le cadre des nouveaux schémas qui se mettent en place.

Le monde des start-up, tant à la mode aujourd'hui, ce n'est que cela, des sauts dans l'inconnu, avec des usages totalement nouveaux de produits, de biens, mais aussi d'immatériel déjà existant. L'innovation, c'est souvent à haut risque, et on se plante plus souvent qu'on ne réussit. Il n'y a qu'à regarder Google, avec sa série de produits qui ont fait des flops retentissants. Mais à coté, ils ont quelques produits qui marchent extrêmement bien. Au final, la balance est plus que positive, et Google gagne beaucoup d'argent.

Pour que d'autres se lancent, et prennent des risques, il faut que cela ne coûte pas trop cher de se planter. Sinon, on ne tente rien. Appliquer de manière trop rigide la propriété intellectuelle, refuser toute innovation par pur caprice, demander des droits exorbitants, c'est le meilleur moyen de tuer toute création qui sort un peu des sentiers battus. C'est pourtant exactement ce que font les SPRD, en multipliant les obstacles et en se gavant. Combien de projets sont bloqués ou même tués dans l'oeuf à cause d'une incertitude juridique liée au droit d'auteur ? Sans doute beaucoup. Même si les poursuites sont rares, personne ne prendra le risque de se lancer avec une épée de Damoclès.

Il faut donc développer davantage les exceptions légales et clarifier le droit d'auteur pour en finir avec ce maquis totalement insécurisant pour les créateurs, qu'ils soient artistiques ou économiques. Car c'est finalement le même combat ! Il faut trouver de nouveaux équilibres pour les créateurs puissent continuer à être rémunérés pour ce qu'ils apportent, et en même temps, développer toutes les potentialités apportées par le numérique, tant pour l'économique que le culturel. C'est pour cela que je soutiens pleinement l'action de Julia Reda.