Le psychodrame provoqué par Pascale Clark qui pousse une gueulante parce qu'on lui refuse sa carte de presse m'a particulièrement agacé. Beaucoup a été dit sur le fait que le problème vient d'abord des pratiques de Radio France en droit du travail, et que Pascale Clarke n'est pas vraiment la plus à plaindre au sein de la profession. Par contre, il y a un point peu évoqué, et qui est à mes yeux parfaitement scandaleux. Pour montrer son mécontentement, Pascale Clark a saboté une émission consacrée aux 70 ans du secours populaire. Apparemment, il n'est même pas venu à l'idée des dirigeants de Radio France de la sanctionner, au moins un avertissement. Cette dame peut foutre en l'air le travail de plusieurs dizaines de personnes pour un caprice, ça ne pose pas problème. Dans n'importe quelle entreprise "normale", une telle attitude de sabotage ne passerait pas...

Mais voilà, on est à Radio France, et les "journalistes" y font ce qu'ils veulent, y compris découper une carte de presse par "solidarité" ! Cet épisode est une illustration caricaturale du problème posé par les "élites culturelles" de ce pays. Ils font ce qu'ils veulent, y compris des cacas nerveux en direct, sans avoir de comptes à rendre. Pire, sans même avoir conscience que leur attitude devrait leur valoir un rappel à l'ordre. La liste des fautes déontologiques des "stars" du journalisme (audiovisuel ou papier) est longue, sans aucune conséquence. Donc ils continuent, et vont de plus en plus loin, au point de s'enfermer dans une bulle où ils vivent entre eux, enfermés dans une véritable tour d'ivoire.

Dans un petit essai "au pays de numérix", Alexandre Moatti donne une magnifique illustration de cette déconnexion des élites. Il a été frappé (et il n'est pas le seul) par la morgue des éditocrates, comme Pierre Assouline, qui crachent à longueur de temps sur Wikipédia. Ce petit milieu est globalement anti-numérique. Google est le mal absolu et la diffusion de la connaissance ne peut pas être laissée "à ces gens là". Tout leur discours vise à préserver leur pré carré, en délégitimant ces redoutables concurrents numériques.

L'épreuve des faits ne va pas dans leur sens. Wikipédia est aussi fiable que l'encyclopédie britannica, avec un coût de production et de diffusion incomparable, qui a fait plus pour la diffusion de la connaissance que n'importe quelle politique publique subventionnée. Alexandre Moatti constate que ces milieux "culturels" au sens large, n'ont pas vraiment été capables de mettre en place une réponse efficace. Il détaille les échecs (sur fonds publics) des tentatives de contrer la numérisation des livres par Google. Aujourd'hui, c'est le droit d'auteur qui est le nouveau front, avec toujours une position défensive et un mépris pour ce qui vient du numérique.

Pourtant, c'est sur internet, sur les réseaux sociaux, que se trouve la partie de la population qui innove et qui avance. C'est là que se créent les idées de demain, les nouvelles manières d'agir. Or, combien de ces élites journalistiques et "culturelles" acceptent d'y venir et de s'intégrer ? Très peu. Je me souviens de la réaction de Laurent Joffrin, choqué que n'importe quel quidam puisse l'interpeller et le tutoyer sur Twitter. Une morgue et un autisme que l'on retrouve trop fréquemment chez les habitués des antennes radios et des émissions qui se veulent "culturelles" et qui pose un véritable problème.

La crise pourrait devenir aigüe, car l'avenir est au numérique, on voit bien comment toute l'économie bascule. Ce ne sont pas les châteaux de sable de l'industrie culturelle qui vont y changer quelque chose. Or, ce sont les "anti-numérique" qui tiennent les canaux de diffusion touchant la majorité de la population, à savoir la télévision et les radios généralistes. Alors qu'il faudrait que la population accélère dans les usages numériques, se familiarise avec les outils, ils freinent des quatre fers avec un discours rétrograde et font prendre au pays un retard dans le basculement vers le numérique, qui pourrait avoir de lourdes répercussions sur la place de la France dans la compétition mondiale.

Plus ça va, plus je pense que le problème de la France, c'est cette élite "culturelle", plus que les énarques et autres technocrates, car ces derniers doivent encore avoir des résultats et rendre des comptes. Ils peuvent parfois résister, mais sont bien obligés de faire avec la réalité et de s'y adapter. Ce n'est pas le cas des cultureux, qui pontifient dans le vide, en vase clos, et qui ne risquent absolument aucune sanction, vu que bien souvent, ils vivent d'argent public. Pourquoi changer, pourquoi évoluer quand on peut conserver sa rente et continuer à se faire plaisir entre copains ? C'est en partie de cela que crève la France...