Parler de "l'Alzheimer spirituel de la Curie", il fallait le faire. Même moi, je n'aurais pas été si loin, et pourtant, je bouffe volontiers du prélat catholique. C'est le pape lui même qui vient de balancer ça à la figure de ses cardinaux, lors de la cérémonie des voeux. Et il n'y est pas allé de main morte, puisqu'au passage, il a listé pas moins de 15 "maladies" qui frappent l'appareil central de l'église catholique.

En résumé, il reproche aux prélats du Vatican de se comporter en hommes de pouvoir, à la tête d'une bureaucratie tout ce qu'il y a de plus ordinaires. Certes, ce sont sans doute des gens très intelligents, façon énarques, très compétents pour gérer une organisation aussi centralisée que l'église catholique. Vu la taille de l'organisation (1,2 milliards de fidèles), l'efficacité du Vatican est remarquable. Sauf qu'ils ont perdu de vue qu'ils sont au service d'un message. Parfois, on se demande effectivement s'ils ne l'ont pas oublié, façon Alzheimer. Chercher charité, miséricorde, pardon et amour au Vatican, ça doit parfois être compliqué. A la place, on trouve rivalités, coups tordus et malversations, comme dans tout lieu de pouvoir. C'est cela que le pape François dénonce avec violence, et il est pleinement dans son rôle. C'est Jésus qui chasse les marchands du Temple...

Un protestant ne peut que se retrouver dans cette position du pape François. D'abord, sa posture de prophète, qui lui fait endosser le rôle du disciple du Christ plutôt que celui de bureaucrate en chef. Du temps de Jésus, ça s'appelait "grand prêtre", celui qui, justement, a envoyé Jésus à l'autorité civile pour le faire exécuter, car il dérangeait. On peut sincèrement se demander ce qui arriverait à Jésus, en 2014, s'il s'avisait d'aller secouer les puces des monsignore qui roulent en mercedès, portent de l'hermine, et se considèrent qu'ils portent la terre sur leur épaules. Et encore, je parle de ceux qui sont honnêtes, car dans le lot, il y a du pédophile et de l'escroc (en nombre limité, on peut l'espérer). On pourrait craindre un sort "à la Jean-Paul Ier" pour le pape François. Il a dû peut être y penser en continuant à résider à la résidence Sainte-Marthe, au lieu d'aller s'isoler dans les somptueux appartements pontificaux.

Le protestant s'y retrouve aussi car l'existence d'une telle bureaucratie centralisée est la négation même du message de Jésus, qui prône le contact direct entre les fidèles et Dieu, et fustige, à longueur d'évangile, le clergé de son époque, pharisiens et sadducéens. Il passe aussi son temps à piétiner les règles formelles imposées par ce clergé, pour montrer que l'écran qu'ils tentent d'imposer entre Dieu et les fidèles est illégitime. Or, qu'à fait le catholicisme romain, sinon rétablir un tel écran, au profit d'une caste de bureaucrates ? Je ne peux que recommander l'excellent ouvrage de Jacques Ellul "la subversion du Christianisme", où il montre que progressivement, le clergé catholique à retourné le message du Christ comme un gant, tout en prétendant le porter.

Je crains malheureusement que le pape François n'ait pas le temps d'aller au bout de son projet. Du fait de son âge, il doit aller vite, et donc démolir la bureaucratie vaticane à la pelleteuse. Dans 5 ans, il ne doit en rester que des ruines, sinon, cette bureaucratie se reconstituera. Certains doivent d'ailleurs être en train de faire le gros dos, en attendant le départ de François pour reprendre la main. Le seul espoir est que le successeur de l'actuel pape soit de la même lignée, et poursuive l'oeuvre de décentralisation et de débureaucratisation de l'église catholique. Je suis à peu près certain que bien des catholiques approuveraient cela. Les protestants aussi, car finalement, l'un des principaux obstacles à un rapprochement (je n'ai pas dit union), c'est la bureaucratie romaine.

En attendant, entendre de tels discours de la part d'un pape est pleinement réjouissant. C'est toujours ça de pris ! Je n'aurais jamais imaginé pouvoir trouver un pape "génial"...