Lionel Jospin vient d'entrer au conseil constitutionnel. A 77 ans, il y remplace un autre homme politique blanc, décédé à 77 ans, Jacques Barrot. En matière de renouvellement, on ne peut pas faire pire. Comme s'il n'y avait pas de personne plus jeune, de femmes, de profils différents ? C'est juste profondément affligeant de la part de Claude Bartolone, et plus globalement du pouvoir en place. Dire qu'initialement, c'est Jean-Marc Ayrault qu'ils souhaitait "recaser" à cette place. J'ai envie de hurler, tellement cette décision est idiote.

Premier point, je ne m'étends pas, l'absence totale de prise en compte de la "diversité" ou de la parité dans le choix. C'est devant ces décisions qu'on se rend compte de l'inanité complète des discours sur le changement ou encore la gouvernance ouverte et la promotion des femmes, des jeunes et des "minorités" (encore que, sur ce dernier point, Jospin est protestant, même s'il passe son temps à renier cette origine qui le structure).

Deuxième sujet, qui m'intéresse tout autant, c'est la vision qui est donnée de la manière dont s'opèrent les nominations. Lionel Jospin, 77 ans, est à la retraite depuis 12 ans. On lui a bien donné un hochet, en 2012, avec une commission de réflexion qui porte son nom, et dont il ne serait rien sorti s'il n'y avait eu l'affaire Cahuzac. Pourquoi s'acharner à remettre sans cesse sur selle des battus et des retraités ? C'est quand même un problème bien français, que de voir sans cesse revenir toujours les mêmes. Une fois dans le circuit, vous y êtes pour les restant de vos jours, quelques soient vos mérites. On trouvera toujours à vous recaser, quand bien même vous ne demandez rien. Par contre, même compétent, si vous n'êtes pas du sérail, vous pouvez toujours courir...

Enfin, quelle désinvolture vis-à-vis du Conseil constitutionnel. Alors que depuis 2008, cette institution a pris une importance nouvelle, on continue à considérer, dans les milieux politiques, que c'est toujours un dépotoir à anciens hommes politiques et à très hauts fonctionnaires méritants dont on prolonge ainsi la carrière. Lionel Jospin l'a reconnu, lors de son audition devant les députés, le Conseil constitutionnel est devenu, de fait, une juridiction, une "Cour constitutionnelle". Or, personne n'en tire la conclusion qu'il faudrait peut-être y mettre des juristes, ou au moins de gens qui font ça comme un vrai métier, pas comme un moyen d'occuper sa retraite. La composition actuelle du conseil constitutionnel est dramatique sur ce plan. Il n'y a que des retraités, ou des personnes pour qui c'est le dernier poste, obtenu à quelques mois ou années de la limite d'âge, qui leur aurait amené à prendre leur retraite.

Qu'il y ait un ou deux anciens hommes politiques, cela se conçoit, car le Conseil constitutionnel est également juge électoral, pour les présidentielles, mais surtout, pour les législatives et les sénatoriales. Rien de tel qu'un ancien élu, qui a vu, voir fait lui même, les 400 coups en matière électorale, pour détecter et apprécier la sincérité des recours et la réalité des fraudes. Mais il n'en faut pas plus. Or, il y a actuellement 4 anciens élus (sur 9) sans compter VGE qui vient quand ça lui chante. C'est trop.

Le gouvernement socialiste a raté l'occasion de faire preuve de modernité et d'intelligence à l'occasion du remplacement de Jacques Barrot. Au lieu de mettre un autre ancien élu, du même âge, pourquoi ne pas avoir nommé une femme, relativement jeune, possiblement "de couleur" avec un bagage juridique un peu plus costaud ?