Jean-Christophe Lagarde vient d'être élu président de l'UDI. C'est le meilleur choix, le moins mauvais plutôt, que pouvaient faire les adhérents de ce parti. C'est d'ailleurs lui que je voyais arriver, dès la démission de Borloo. Pour autant, le nouveau patron des centristes n'est pas sorti d'affaire.

Son espace politique n'est pas totalement ouvert. L'UMP se déchiquète magnifiquement, et est toute occupée à ses querelles internes. Cela laisse un espace politique au centre, d'autant plus important que Nicolas Sarkozy tente un retour par la droite de la droite. Finalement, le seul à pouvoir vraiment faire de l'ombre à Lagarde, c'est Bruno Lemaire, qui se donne une image de réformateur lisse, capable de séduire à l'UDI. A gauche par contre, les nouvelles ne sont pas excellentes, car Manuel Valls prend progressivement un ascendant, et son positionnement, très à la droite du PS, qu'il ne renie pas une fois arrivé au pouvoir, laisse peu de marge à l'UDI. Il y a peut-être une lueur d'espoir chez les radicaux de gauche, qui vont commencer à se chamailler pour la succession, d'ores et déjà ouverte de Jean-Michel Baylet.

La situation interne n'est pas brillante. Il va falloir tout le talent de Jean-Christophe Lagarde pour arriver à faire quelque chose de cette présidence de l'UDI avant 2017.

Le premier souci est une élection médiocre, au deuxième tour, avec 53%. Pas de quoi donner une grande légitimité de départ à l'élu. Il va y avoir des plaies à panser, car la campagne a été particulière dégueulasse, des récompenses à accorder et un appareil politique à remettre en ordre de bataille. Il a prouvé qu'il avait les qualités d'un combattant, même s'il ne faut sans doute pas trop aller regarder en cuisine la manière dont le plat est préparé. Les départements de la petite couronne parisienne ne sont pas des terres électorales pour bisounours, mais pour des cow-boys. Nous avons un aperçu pendant la campagne interne, avec les fuites savamment orchestrée sur les méthodes de Lagarde. Je lui fait confiance sur cet aspect de "cuisine interne", même s'il y aura du sang sur les murs, chose que les centristes n'aiment pas.

Le deuxième souci est d'arriver à produire quelque chose de neuf, idéologiquement, au sein d'un parti très éclaté et individualiste. Entre les radicaux, les démocrates chrétiens, les libéraux, et ceux qui sont là parce qu'ils sont de droite sans vouloir être à l'UMP, il n'y a finalement pas grand chose en commun. Cela a toujours été le problème de l'UDF, et la raison pour laquelle ils se sont quasiment toujours fait bouffer par les gaullistes. Mis à part avec l'élection de Giscard, qui a profité d'une bonne image (en 1974, après, ça c'est gâté) et d'une trahison orchestrée par Chirac, c'est toujours le RPR qui était devant. Même déchirée, l'UMP reste une belle machine de guerre, avec une unité idéologique autour de quelques "valeurs" simplistes, celles qui permettent de rassembler facilement. Compliqué de jouer sur l'intelligence, la tactique habituelle des centristes. Il faudrait une révolution culturelle pour sortir les centristes de leur culture de "perdants magnifiques", de Poulidor de la droite.

2017, ça va arriver vite. Pour avoir l'espoir de faire autre chose que de la figuration à la présidentielle, la seule élection qui compte véritablement, il faudra être opérationnel dès la fin 2016, ce qui laisse deux ans, grand maximum, à Jean-Christophe Lagarde, pour s'imposer réellement. Pas gagné... mais pas perdu non plus.