Cet après-midi, les Verts ont demandé qu'une minute de silence soit observée, pendant les questions au gouvernement, à la mémoire de Rémi Fraisse, mort lors d'une manifestation. Claude Bartolone a refusé, et il a eu raison.

Techniquement, les questions au gouvernement sont une séance à part, car elle est télévisée. Pour des raisons d'équilibre de temps de parole entre les groupes, il faut veiller à ce que chaque groupe ait son quota, dans le temps de la diffusion. C'est parfois difficile à tenir, notamment quand le Premier ministre, qui parle autant qu'il le veut, fait déborder la séance au delà de 16h (et que l'antenne de France Télévision est alors coupée). Si on commence à accepter les rappels aux règlements et autres "incidents de séance", ce n'est plus tenable, car les députés ne manqueraient pas de bordéliser complètement cette séance, déjà bien chaotique. Le refus de Claude Bartolone est donc compréhensible de ce point de vue.

Mais il n'est pas possible d'en rester là, car cette demande est très politique et il ne faut pas se cacher derrière le règlement. Le refus de Claude Bartolone est aussi politique. Et là encore, je lui donne raison.

Je peux comprendre la volonté des Verts de faire de Rémi Fraisse un "martyr". C'est l'un des leurs, il est mort dans des circonstances tragiques, alors qu'il n'avait pris aucun risque inconsidéré. En France, il n'y a pas de raison de craindre d'être tué lors d'une manifestation, c'est rarissime. Ce décès est sans doute dû à un très malheureux concours de circonstances. Mais il n'en reste pas moins que l'émotion suscitée par sa mort est parfaitement compréhensible et légitime. Le retard à l'allumage du gouvernement, qui a attendu longtemps avant d'exprimer des mots de compassion, frôle la faute politique lourde.

Ce qui est plus critiquable, c'est la volonté des Verts, et particulièrement de Cécile Duflot de faire de Rémi Fraisse une "icone" et de lui donner ainsi un statut de "victime politique". Il y a clairement une instrumentalisation d'un évènement tragique, et c'est contestable en soi. On est dans un "récit partisan", une lecture très particulière de l'évènement. Je ne dis que ce point de vue est illégitime. La politique, c'est aussi cela. Mais on n'est pas obligé de partager cette écriture de l'histoire. En cherchant à imposer son récit dans un cadre officiel et institutionnel, Cécile Duflot, à mes yeux, va trop loin, car elle veut forcer une reconnaissance officielle de son point de vue militant.

Le refus de Claude Bartolone est parfaitement légitime, car en acceptant, il engage l'institution et donc l'ensemble des députés, qui sont parfois très loin de partager le point de vue de Cécile Duflot sur cet évènement. Son rôle est de préserver l'institution, en évitant qu'elle soit instrumentalisée à des fins de polémique politicienne. Que les Verts rendent un hommage à Rémi Fraisse lors de leurs meetings, c'est leur droit le plus strict et je n'irai pas le leur reprocher. Mais ils n'ont pas à l'imposer à la représentation nationale.