La rentrée politique est lancée, et débute avec la première vraie crise politique pour François Hollande. Arnaud Montebourg et Benoit Hamon viennent d'ouvrir le feu, et Manuel Valls, le premier ministre, a considéré "qu'une ligne jaune a été franchie". En clair, il demande des sanctions. François Hollande va donc devoir choisir entre virer Manuel Valls ou le duo Hamon-Montebourg. Si ce n'est pas maintenant, ce sera plus tard. Toute tentative de rabibochage ne fera qu'envenimer la situation. Hollande et Valls sont de plus en plus isolés, et cela n'ira pas en s'améliorant.

En 2012, au début du quinquennat, sa majorité est composé d'un groupe PS solide et soudé, des radicaux de gauche et des Verts. Les communistes ne sont pas au gouvernement, mais sont plutôt bienveillants. Rapidement, les communistes s'éloignent et deviennent de plus en plus critiques. Ils finissent par basculer clairement dans l'opposition à la nomination de Manuel Valls. De leur coté, les Verts avalent des couleuvres et finissent par en avoir marre. Le changement de gouvernement est l'occasion pour eux d'amorcer leur sortie de la majorité. A part une députée EELV qui a basculé à Nouvelle Donne (et donc dans l'opposition franche et claire), les parlementaires écologistes sont hésitants, entre soutien au gouvernement et abstention. Cécile Duflot a appuyé sur l'accélérateur, avec son livre décapant sur son expérience gouvernementale. En fine tacticienne, elle a compris qu'il faut se dissocier au plus vite de Hollande et de son bilan pour espérer sauver les meubles aux prochaines élections.

Dans le même temps, le groupe socialiste se fissure, avec entre quarante et soixante-dix députés qui sont en semi dissidence. Les chiffres varient selon les textes et les sujets abordés, mais en gros, un quart du groupe PS grogne sévèrement. Les raisons sont multiples et variées. On trouve dans ces frondeurs l'aile vraiment à gauche du PS, ainsi que les partisans de Martine Aubry, qui n'a jamais digéré sa défaite aux primaires de 2011 et dont les "amis" ont été écarté des responsabilités. La nomination de Valls, le plus à droite du PS sonne comme une provocation, et surtout, permet de justifier l'expression de désaccords de fond sur la politique menée depuis 2012.

Après avoir fait l'actualité politique du printemps, les frondeurs plafonnaient un peu. Leur nombre restait stable au fil des textes, et n'était pas en mesure de faire trébucher le gouvernement. Certes, ils occupaient de l'espace médiatique (faute aussi aux "légitimistes" de l'investir) mais quand il fallait voter, ils n'osaient pas franchir le Rubicon. Valls pouvait espérer un enlisement, et de ce fait, regagner du terrain en ramenant, une par une, les "brebis perdues" de la fronde. Et voilà que cette opposition de gauche se retrouve relancée par deux ministres particulièrement emblématiques et "politiques". Si jamais Montebourg et Hamon sont virés du gouvernement, ils vont prendre la tête de la fronde. Cela aura quand même plus de gueule, et surtout, de retentissement médiatique, que les actuels leaders des frondeurs, parlementaires certes honorables, mais sans grand charisme. Cela aura aussi comme effet de renforcer les rangs des frondeurs. Si deux ministres acceptent de quitter le gouvernement, ça justifie un basculement. La dynamique s'inverse pour Manuel Valls...

Le scénario prévisible avec Hollande est un rabibochage de façade. Il ne va virer personne, et couvrir d'un voile les désaccords, en demandant à chacun de faire un effort (allez, on se fait un bisou et on fait la paix). Dans l'affaire, c'est Valls qui aura perdu s'il accepte cela, car son autorité aura été réduite à néant ou presque. Deux ministres "de poids" lui envoient une baffe, après qu'il ait clairement recadré un autre ministre (Michel Sapin, qui avouait, au 15 août, que pour la croissance, c'est mort) et rien ne se passe. Comment voulez-vous être respecté après ça ? Il va se retrouver dans la situation de Jean-Marc Ayrault... Je ne suis pas certain que cela déplaise à Hollande, qui coupe ainsi les ailes d'un rival. C'est juste triste pour la France, mais je crains que cela échappe à Hollande, qui manque désespérément de hauteur de vue !

Ça finira mal. Je ne vois pas Hollande tenir jusqu'en 2017 à ce rythme. Les Verts vont passer clairement dans l'opposition à plus ou moins long terme, quand les quelques députés Ecolo qui se voient ministres comprendront que c'est mort. Les frondeurs du PS vont se sentir pousser des ailes, et si leur nombre augmente, ils feront pression encore plus sur le gouvernement, au point de bloquer toute initiative. Les radicaux de gauche ne seront pas en reste et feront monter les enchères pour rester dans la coalition gouvernementale. Quand on regarde l'arithmétique parlementaire, elle est inquiétante pour Hollande, car le groupe PS seul n'est qu'à une voix au dessus de la majorité absolue. Si communistes et Verts se mettent à voter systématiquement contre ou s'abstiennent, si une partie substantielle du groupe PS est incertaine, et qu'il faut négocier sur tous les textes avec les radicaux, il va y avoir des "accidents industriels" à l'Assemblée nationale et par répercussion, dans les médias. Le capital politique de Hollande (le peu qui en reste) va s'effondrer. Même pas capable de faire voter ses textes au Parlement...

L'issue apparait incertaine. La dissolution n'aura lieu que si le gouvernement est formellement renversé par une motion de censure ou qu'un rejet du budget rend le pays ingérable. On n'en arrivera pas là, car les députés PS savent qu'une dissolution signifie leur défaite personnelle. Aucune majorité ne s'est fait hara-kiri, et ce n'est pas demain que cela va commencer. L'attelage ira, cahin caha jusqu'en 2017, mais en totale incapacité de prendre une mesure forte. On aura un gouvernement zombie, fortement impopulaire, qui ne restera en place par le force de l'inertie, avec l'espoir (absurde) que la reprise économique arrivera comme par miracle avant l'échéance électorale. C'est sur ce pari que Hollande vit depuis 2012. Avec les résultats que l'on constate...

Où alors quelque chose fait tout péter...