François Hollande est à nouveau parti pour se planter sur la réforme du redécoupage des régions. Tous les ingrédients sont là, comme si rien n'avait été appris des échecs passés. C'est presque désespérant tellement ça devient prévisible.

Pour commencer, les annonces sont cafouilleuses. Quand on prépare une telle réforme, on choisit tout de suite la ligne. Soit on passe en force, soit on laisse le dialogue se dérouler. Mais on ne change pas de pied en cours de route. Alors que Manuel Valls avait annoncé une feuille de route dans laquelle le gouvernement laissait, dans un premier temps, les mariages se faire spontanément, voilà que Hollande nous prépare, pour demain matin, une carte des nouvelles régions. On a zappé la phase de dialogue entre collectivités, pour arriver directement sur le découpage autoritaire. Non sans avoir laissé du temps à tous les fantasmes et les redécoupages. Les journaux ne se sont pas privés, d'ailleurs, avec leurs petites infographies "faites vous-même le redécoupage". Résultat, chacun a sa petite idée sur ce qu'il faut faire, ou ne pas faire. Un peu comme la composition de l'équipe de France de football, où on compte plusieurs millions de sélectionneurs...

Le déroulé est problématique, car avant même la publication officielle, au moins une fusion a fuité, celle des Pays-de-Loire et de Poitou-Charentes, qui finalement, ne s'est pas faite, mais elle donné le ton. Elle cristallise toutes les critiques qui tomberont sur cette réforme. Évidemment, tout le monde a pensé que Ségolène Royal a pesé sur ce choix, car même s'il est cohérent, il n'est pas la seule alternative. Le soupçon du copinage et du redécoupage spécialement conçu pour favoriser les intérêts de certains grands élus socialistes surgit immédiatement. Bien entendu, le reste du redécoupage va être examiné à cette aune, et on trouvera des cas où la nouvelle carte arrange bien un président de région sortant. Comme pour le repassage, s'il y a un faux pli au premier passage du fer, c'est galère à rattraper quand on est sur un tissu très froissable. La publication de la carte "officielle", a immédiatement entrainé une critique en règle de Dominique Bussereau, accusant Hollande d'avoir favorisé Sapin et Royal (de la promotion Voltaire) avec la fusion de Poitou-Charentes-Limousin-Centre. Un attelage il est vrai un peu inattendu.

Autre source d'ennuis, la Bretagne historique, les 4 départements plus la Loire-Atlantique, c'est raté, et la prochaine fenêtre de tir, c'est dans cinquante ans, au minimum. Les élus et la population bretonne ont beaucoup espéré des annonces de François Hollande sur le redécoupage régional. La déception risque d'être immense (et le mot est faible) avec une pression sur les parlementaires bretons qui risque d'être terrible. L'étiquette pèsera peu au regard des attentes du terrain. Voter contre la réunification de la Bretagne, c'est un coup à perdre sa circonscription en 2017. Un cas comme celui-là est parfait comme abcès de fixation médiatique. Le risque est grand que l'enjeu de la réforme se retrouve, sous le prisme des médias, résumée à la question de la Loire-Atlantique. Je ne parle pas de la fusion entre Alsace et Lorraine, avec un choix problématique pour la capitale régionale.

Comme il va falloir passer par une loi, qui n'est pas encore passée en conseil des ministres, il y aura un temps de latence entre les annonces de François Hollande et l'adoption définitive du texte. Le temps, pour tous les opposants à la nouvelle carte, de se répandre dans les médias. Et ils seront nombreux, y compris à gauche, car si on favorise certains barons, c'est au détriment d'autres, qui vendront chèrement leur peau. Les présidents de conseils généraux, voués à disparaitre, ont une occasion en or de casser les reins de Hollande, pour lui enlever toute velléité de proposer un autre texte de loi portant réforme des collectivités locales. Un très bon moyen pour que la question de la survie du département soit tuée dans l'oeuf.

Quand viendra le moment de l'examen au Parlement, ça va être sportif pour le gouvernement... qui risque un rejet du texte qui sera interprété comme un nouveau revers politique, enfonçant un peu plus François Hollande, déjà bien affaibli.