L'UMP est un parti qui se casse la figure. Ces dernières semaines, juste à la fin de la campagne des européennes, trois affaires sont sorties, et pas des moindres. A chaque fois, un rapport malsain avec l'argent.

D'abord, l'affaire "bygmalion" a ressurgit avec force. De nouveaux documents, sortis par Libé, confirment les énormes soupçons de malversation, et explosent la défense de Copé (dont on attend toujours la proposition de loi annoncée fin mars). Bastien Millot va sans doute morfler et porter le chapeau (s'il se laisse faire) mais cela n'empêchera pas que Copé en sorte encore plus abîmé. Sa légitimité à diriger l'UMP pourrait s'en trouver affectée.

Ensuite, on s'est aperçu que des sénateurs du groupe UMP ont tapé dans la caisse. Les anciens centristes et DL, ralliés à l'UMP, ont conservé un sous-groupe au Sénat, auquel étaient affectés des financements. Comme par hasard, cet argent destiné à permettre à un groupe politique de fonctionner correctement, a fini dans la poche personnelle des sénateurs. Ne soyons pas dupes, c'est un coup bas contre Raffarin dans la course à la présidence du Sénat, qui ne devrait pas échapper à la droite en octobre prochain. Mais cela donne un coup à l'image des institutions et de l'UMP.

Enfin, c'est Madame Balkany qui se retrouve en garde à vue, avec derrière une mise en examen, assortie d'un contrôle judiciaire où il lui est interdit de quitter le territoire, avec en prime une caution d'un million d'euros. Du lourd donc, pour des affaires clairement liées à l'argent. Ce n'est pas passé médiatiquement inaperçu !

Depuis 2007, l'UMP s'enfonce lentement mais sûrement. Petit à petit, les centristes sont partis, pour rejoindre l'UDI qui est apparue, sous la houlette de Borloo, comme une alternative crédible. De l'autre bord de l'échiquier, la course à l'échalote avec l'extrême droite dans le populisme et le sécuritaire montre ses limites. Le FN n'a pas reculé aux élections, loin de là même ! En interne, la guerre des chefs a été une véritable boucherie. Copé et Fillon, les deux seuls capables de porter les couleurs du parti en 2017, se sont entre-tués en novembre 2012. L'UMP n'a comme choix que l'ancien président, battu sur sa personnalité par un adversaire dont on perçoit clairement les limites, ou une série de jeunes pas encore mûrs. Je ne sais pas qui sera le candidat de l'UMP pour la présidentielle en 2017, mais il sera en difficulté. Heureusement que l'UDI est également en panne de leader, sinon, ça aurait été difficile...

Avec ces histoires d'argent, qui se surprennent personne, l'UMP va encore descendre d'un cran. On peut s'attendre à une nouvelle hémorragie de militants, ainsi qu'à une crise financière. Les campagnes d'appel aux dons rapportent de moins en moins (tu m'étonnes...) et les charges sont toujours là. Or, le recalcul des dotations, c'est en 2017, il y a encore trois ans à tenir. C'est là que le drame se noue, car l'unité d'un parti politique tient aux finances.

Dans notre système de financement des partis politiques, il n'y a que deux sources, les dons privés, minoritaires, et les dotations publiques, attribuées pour 5 ans selon les résultats des législatives. Celui qui part laisse le pognon à celui qui reste, et se retrouve sans le sou pour monter un nouveau parti. Cela dissuade clairement de claquer la porte. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a aucun intérêt, ou presque, à être à la tête de l'UMP : plus d'argent pour mener à bien des activités militantes, des emmerdes de gestion avec le personnel et les fournisseurs, une marque dégradée. Un député UMP a annoncé que l'UMP n'existera plus dans un mois. C'est peut-être exagéré, mais on n'a jamais été aussi proche d'une telle perspective.

Certes, il y a encore de beaux restes à l'UMP et un rebond est possible. Mais il passe par un renouvellement des cadres donc un départ de Jean-François Copé, ainsi que par un véritable travail de fond sur les idées, pour donner au parti un contenu idéologique et une ligne qui, pour l'instant, n'existent pas. Il reste deux ans avant le début de la pré-campagne présidentielle.

Mal barré...