Lors du premier conseil des ministres d'un nouveau chef de gouvernement, c'est le moment des bonnes résolutions. En général, elles ne tiennent pas longtemps. Celles de Manuel Valls risquent, comme les autres, d'exploser en vol, même si sur le fond, j'aimerais me tromper, car il va dans le bon sens. Petite tournée commentées des 6 consignes.

La clarté de la chaine de décision. Rappel évident, il est chef du gouvernement. Sauf qu'on est sous la cinquième République, et que le vrai patron, c'est le président de la République. Ayrault l'a bien vu, il se faisait court-circuiter en permanence par Hollande, qui passe son temps à envoyer des textos aux uns et aux autres. Il n'y a pas de raison que ça s'arrête. Le premier couac du gouvernement Valls viendrait du fait que Hollande à promis le commerce extérieur à Fabius, alors que Valls le donnait à Montebourg. Dans les faits, c'est du président de la République et de son élection que vient la légitimité des députés. Ils savent que leur sort est lié à celui de François Hollande, pas à celui de Manuel Valls.

La collégialité et l'importance de la délibération politique. C'est beau comme de l'antique, et je suis d'accord sur le fond. La délibération est une chose essentielle dans le cadre du processus de décision politique. Sauf que la délibération, c'est très chronophage, et les ministres ont autre chose à faire. Ils doivent diriger leur département ministériel, faire de la représentation sur le terrain, assurer la solidité de leur assise politique personnelle. En pratique, la délibération au sein d'un gouvernement tel que nous le connaissons, même à 17, ça ne peut marcher que pour les décisions politiques majeures, et encore.

L'innovation annoncée, celle d'une réunion des ministres, le jeudi matin, tous les 15 jours, m'apparait très étrange. Normalement, cela ne se fait qu'en période de cohabitation, quand le gouvernement veut travailler sans la présence du président de la République, qui n'est pas de son bord. En période de concordance entre président et majorité parlementaire, on va surtout créer un doublon par rapport au conseil des ministres. Ça va mal finir, car ce n'est absolument pas la logique de fonctionnement des institutions de la 5ème République. C'est quelque part une volonté affichée de vouloir marginaliser le président de la République, ce que Hollande pourrait ne pas apprécier.

L’efficacité. En même temps, Valls veut moins de réunions interministérielles. Il demande que les ministres échangent entre eux de manière approfondie, et chercher des accords entre eux avant de venir demander l'arbitrage de Matignon. Le coeur même du rôle du Premier ministre, dans la 5ème République, c'est d'arbitrer, et les RIM, c'est une forme de délibération politique. Par contre, s'il pouvait imposer que les RIM soient mieux préparées en amont, et qu'il n'y ait pas besoin de revenir plusieurs fois sur un même sujet, il fera gagner du temps à tout le monde. Il y aura sans doute autant de RIM, car elles sont indispensables, mais elles seront moins longues et personne ne s'en plaindra.

Le principe de la solidité juridique. Valls demande qu'on évite les risques constitutionnels et qu'on fasse des textes peu nombreux, courts et clairs. Là, c'est la lettre au père Noël ! Notre société est complexe, son organisation juridique l'est aussi. On ne peut pas croire qu'on va pouvoir faire des lois de deux pages, comme au XIXème siècle. C'est juste irréaliste. Par contre, on peut réformer les processus de fabrication de la norme, afin de ne pas encombrer les ministres et parlementaires de détails sans importances, qui noient complètement la décision publique. On peut aussi faire en sorte que les textes soient plus cohérents et synthétiques, il y a effectivement une "marge de progression". Il y a toutes les compétences juridiques au sein de l'appareil d'Etat, il faut juste organiser les choses autrement. Mais croire qu'une incantation en conseil des ministres va résoudre quoi que ce soit...

Intégrer les contraintes de la communication dans le processus décisionnel. S'il n'y a qu'un principe qui sera appliqué, ce sera sans doute celui là. Pas étonnant venant de Valls, dont le métier de base, c'est quand même la communication. Le risque évident est celui d'un dérive vers des textes et des décisions dictées uniquement par le service de la communication de Matignon, qui va devenir le filtre. A terme, c'est la crédibilité de la politique et des institutions qui est en jeu, si Matignon se met à ne plus faire de la comm'. Malheureusement, c'est l'aboutissement logique de l'affaiblissement du pouvoir des politiques. Valls ne fait que tirer la conclusion qui s'impose : le gouvernement et les élus en général ne maitrisent plus grand chose, à part la communication.

Enfin, le Premier ministre entend moins légiférer et mieux associer les parlementaires de la majorité. On verra le score du vote de confiance de mardi prochain, mais il ne devrait pas être fabuleux, vu le rétrécissement de la coalition gouvernementale. Ayrault avait bénéficié du votre positif des socialistes, des verts et des radicaux, avec une "abstention bienveillante" des communistes. Valls aura droit à un vote négatif des communistes, à une abstention pas forcément toujours bienveillante des verts, et des fragilités sur l'aile gauche du PS. Avec une majorité parlementaire fragile, on ne peut pas se permettre de traiter les députés comme des valets de ferme, en leur servant plusieurs couleuvres à avaler tous les mois. D'autant plus qu'il va commencer par leur faire avaler un boa constrictor appelé "pacte de responsabilité".