François Hollande vient de désigner Manuel Valls comme Premier ministre. Un choix risqué, mais qui peut apporter des solutions à certains problèmes rencontrés sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A condition que les deux protagonistes arrivent à former un attelage cohérent et obtiennent des résultats tangibles. On est un peu dans la fuite en avant, mais Hollande n'avait pas vraiment le choix.

Premier avantage, la conduite de l'action du gouvernement. C'est le coeur du job du Premier ministre : trancher, arbitrer, coordonner, recadrer. Pour cela, il faut quelqu'un qui sache tailler dans le vif, quitte à faire des mécontents. Pour cela, Valls semble plus apte que ne l'était Ayrault. Valls sait être méchant, sait frapper et n'attends pas qu'on vienne le chercher pour intervenir dans les dossiers. Comme chef d'orchestre, il donnera sans doute de bien meilleurs résultats que son prédécesseur. Et ce n'est pas un luxe, tant les couacs, causés par un défaut d'anticipation et de coordination ont été nombreux depuis 2012. Si Valls arrive à mettre fin à l'amateurisme des équipes au pouvoir, ce sera un grand pas.

Deuxième avantage, la communication et le sens politique. Là encore, pas compliqué de faire mieux qu'Ayrault, grand baron de province qui n'est pas fait pour la politique nationale de haut niveau. La comm', c'est même le métier de base de Valls, qui a plutôt bien géré celle de Lionel Jospin, entre 1997 et 2001. Or, vu la relative impuissance des politiques dans nos démocraties modernes, il ne leur reste souvent que l'arme de la communication. Valls a également un vrai sens politique et un envergure intellectuelle, qualités absolument nécessaires à ce niveau.

Par contre, ça va couiner très sérieusement à la gauche de la gauche, y compris au sein du PS. On voit déjà que les Verts quittent le navire, et que s'il y a des ministres écologistes, ce seront des seconds couteaux. En matière de solidité de la majorité, ça risque de tanguer régulièrement, car le groupe PS n'est qu'à deux voix au dessus de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, et encore, c'est en comptant aussi les apparentés et les chevènementistes. Mais heureusement pour Hollande, le système de la cinquième république permet de passer outre la mauvaise humeur du groupe parlementaire. C'est à l'extérieur que ça va brailler, mais les députés se coucheront bien gentiment et voteront ce que l'exécutif leur demandera. La Constitution est dotée de tous les outils pour tenir le Parlement en laisse...

En nommant Valls, il prend le contrepied de ce qu'il faisait jusqu'ici. Alors qu'il gérait le gouvernement comme il gérait le PS, il passe sur un mode différent. Le gouvernement, c'est une équipe qui a un job à mener, que l'on recrute sur cette base, pas pour qu'elle soit représentative d'équilibres politiques.

Nombre de socialistes ne s'y retrouverons pas. Que ce soit sur le positionnement très à droite de Valls, ou sur la déconnexion du gouvernement et du parti. Mais ils ne feront pas tomber le gouvernement avant 2017 car cela relèverait du suicide politique. C'est sur cela que repose le pari de François Hollande.

Mais tout cela reste fragile. Hollande devra traiter ses démons personnels, apprendre à trancher en temps utiles et à ne pas court-circuiter son Premier Ministre. De son coté, Manuel Valls devra être loyal et ne pas chercher à doubler Hollande, qui reste le seul patron politique de la majorité, car c'est de son élection que tout procède. Hollande se condamne aussi à obtenir des résultats concrets, qui rendront sa réélection envisageable. Sinon, ce sera l'hallali !