La chasse au vieux lion est ouverte. Jean-Marc Ayrault, politiquement très affaibli, est attaqué au sein de son propre camp, avant même le deuxième tour des municipales. La presse française, avec sa complaisance habituelle pour les récits des petites querelles politiciennes, relaye ces combats avec délectation.

François Hollande va-t-il faire partir son Premier Ministre. Personne n'en sait rien, tellement le président de la République est imprévisible. Il n'a sans doute pas encore tranché. Toute cette agitation sur les choix de personnes est un peu vain, je ne vois pas tellement en quoi il peut être utile d'avoir, avant sa désignation officielle, le nom du nouveau Premier ministre, si tant est qu'il change.

Quel que soit le Premier Ministre, sa marge de manoeuvre sera inexistante. La claque aux municipales impactera autant Ayrault qu'un autre, puisqu'en fait, c'est Hollande qui est visé. Le vice fondamental de ce quinquennat, à savoir l'incapacité du président de la République à trancher en temps utiles, ne va pas disparaitre. Or, c'est ce qui a sapé en partie l'autorité (déjà pas bien fabuleuse) de Jean-Marc Ayrault. Son successeur aura les mêmes soucis d'autorité et de coordination défaillante de l'action gouvernementale. Les meilleures années du mandat sont passées. Les réformes se lancent dans les deux premières années, car ce sont celles-là qui donneront leurs fruits en 2017, au moment de la campagne. Le nouveau Premier ministre ne lancera pas grand chose de nouveau, entre ce qui est déjà lancé, et ce qui est sur les rails. Si c'est pour gérer des queues de réforme, et porter la chapeau des coupes sombres (je rappelle qu'il y a 50 milliards d'économies à trouver, sous pression européenne).

Devenir Premier ministre maintenant, quand on est jeune et qu'on a de l'ambition, ce n'est pas un bon plan. La sagesse serait de laisser Jean-Marc Ayrault en place, car c'est la logique du quinquennat. Grillé pour grillé, autant qu'il fasse le sale boulot. Ce n'est pas son départ qui arrangera la cote de popularité de François Hollande. Il y aura peut-être un petit mieux passager, du fait de la nouveauté, du changement de têtes, mais bien vite, le pouvoir en place retombera dans ses ornières structurelles. Pour moi, l'essentiel est là. On s'en fout de savoir qui sera Premier Ministre, ça ne changera rien à la situation de la majorité et de la France.