La France est un pays latin, ça se voit dans sa classe politique. C'est même troublant. Dans les deux pays, une extrême-droite trouble, une droite populiste, un centre éclaté et incapable de peser, une gauche sans boussole idéologique. Comme ne pas faire le parallèle entre Berlusconi et Sarkozy, tant dans le style que sur le fond. Même populisme, même relation aux médias, même destin surtout. La seule différence est de degré, Berlusconi faisant les choses en grand, mais pas de nature. Les deux finissent d'ailleurs englués dans des affaires judiciaires, tout en continuant à tirer les ficelles de leur camp politique.

L'Italie est le miroir grossissant de la politique française. Et ce n'est pas beau à voir... A droite en tout cas, car je crains que nous ne soyons parti, à droite, pour un scénario identique, avec un décalage dans le temps, avec sans doute moins d'excès, mais quand même.

Nicolas Sarkozy est englué dans ses procès, et n'en sortira pas avant un certain temps. A son compteur, trafic d'influence, de forts soupçons de financement illicite de campagne électorale, plus d'autres affaires plus anciennes, il y en a bien une qui l'amènera devant les tribunaux. Malheureusement, il n'a pas l'âge de Chirac à sa sortie de mandat, où tous savaient qu'il était fini. Sarkozy peut encore rebondir, il a une image intacte dans son fan club de militants UMP, des réseaux y compris au coeur de l'appareil d'Etat, sans doute encore des sources de financement (quand on n'est pas regardant sur les sources, c'est plus facile). Dans son camp, les deux dauphins potentiels se sont entretués et la relève n'est pas mûre. Il va donc lutter pied à pied pour s'extirper des affaires, et en attendant, il va vitrifier la vie politique à droite. La violence des propos de sa tribune dans le Figaro me fait craindre le pire. Comparer l'action des juges (et en filigrane, du gouvernement) à celui de la stasi, c'est aller loin. Et surtout, c'est faire bien peu cas du respect de l'Etat.

Avec un tel tir de barrage, c'est une guerre ouverte qui s'annonce entre l'opposition et la majorité. Pour l'UMP, c'est une porte de salut providentielle, car elle a enfin une cause à défendre, contre laquelle personne ne pourra s'élever sans se faire lyncher par les militants. L'UMP façon Balourd va pouvoir donner le meilleur d'elle-même : cogner comme des sourds, c'est malheureusement ce qu'ils font de mieux, le meilleur exemple étant le président du groupe à l'Assemblée nationale. Une chape va recouvrir la droite, et rendre difficile tout travail de reconstruction politique, d'autant plus que cela ne sert pas les intérêts du chef. Le risque est réel de voir l'UMP se transformer en secte, avec une spirale infernale dans lequel elle risque d'entraîner une bonne partie de la droite.

En face, la gauche va sans doute trouver cette affaire tout aussi intéressante à exploiter, à court terme. Le retour de Sarkozy sur le devant de la scène, c'est que du bonheur, car finalement, c'est lui qui était le ciment de la gauche. Mais c'est un piège, car cette configuration oblige le gouvernement à se mettre en formation de tortue, comme la légion romaine autrefois. Une partie de son énergie va être occupée à contrer l'opposition. Si en plus, comme on peut le prévoir, les résultats des élections municipales et européennes ne sont pas bons, la gauche n'aura plus d'énergie à consacrer aux réformes. Notre pays en a pourtant bien besoin !

J'ai peur que les années 2014-2017 ne soient des années perdues pour la France. Je n'ai pas vraiment envie que nous nous retrouvions au même niveau que l'Italie. Malheureusement, nous en prenons le chemin...