Nicolas Sarkozy était sur écoute. Depuis près d'un an. Il le savait, mais ne se doutait pas que son "deuxième téléphone", lui aussi, était sur écoute. La récolte a été fructueuse pour les juges, avec des révélations proprement sidérantes. Rien à voir avec les petites affaires d'organisation de meeting de Copé, ou de dictaphone de Buisson.

Que l'ancien ministre de l'intérieur, ancien président de la République, ainsi que deux anciens ministres de l'intérieur aient été mis sur écoutes, comme de simples citoyens, est surprenant, mais quelque part réjouissant. Par contre, c'est réellement surprenant qu'un tel secret ait pu être conservé pendant plusieurs mois, avant que cela ne fuite. Cela relève de l'exploit quand on connait les réseaux que Sarkozy et Guéant pouvaient avoir dans la police, et apparemment, dans les milieux judiciaires.

Cela permet d'apprendre qu'un très haut magistrat de la Cour de cassation servait d'indic sur l'avancement des procédures concernant Sarkozy. En échange de ce menu service, il a demandé un petit coup de pouce pour décrocher un poste prestigieux pour sa fin de carrière. On peut malheureusement craindre qu'il ne soit pas le seul à agir ainsi, jetant une grave suspicion sur l'ensemble de la magistrature. Une flétrissure aux conséquences très graves, car même si on se doutait que tous les magistrats n'ont pas un respect très exact de la déontologie, là, on a un nom, un visage et un manquement très facile à saisir. Un peu comme l'affaire prism, où on se doutait confusément qu'on étaient espionnés. Le scandale a véritablement éclaté quand des informations très précises et documentées sont parues, portée par un nom et un visage, celui d'Edward Snowden.

Je crains vraiment que l'on soit au début d'un séisme pour la magistrature française. Dans un contexte de crise économique qui dure, c'est tout simplement dramatique pour notre démocratie, car c'est un pilier de l'élite qui avait encore, globalement, la confiance de la population.

L'autre séisme, c'est que Nicolas Sarkozy a accompli des actes qui laissent sérieusement penser qu'il a effectué les démarches pour remplir sa part du contrat. Je ne savais pas qu'on pouvait faire des cures thermales à Monaco. Celle-là pourrait coûter cher à l'ancien président, car pénalement, ce qui a été fait s'appelle du trafic d'influence. Comme pour la corruption, les deux parties, le corrupteur et le corrompu, se retrouvent dans le box. Comme Al Capone qui tombe pour fraude fiscale, on pourrait avoir un Sarkozy qui se retrouve en correctionnelle pour un délit finalement assez mineur, à coté de ce que certains lui reprochent (comme par exemple des financements occultes de campagne électorale). Un tel scénario, qui rendrait Sarkozy inapte à revenir en politique, constitue un séisme à droite. Comme par hasard, il a lieu en même temps qu'une autre affaire qui disqualifie encore un peu Jean-François Copé dans la course à la présidentielle. Le ménage est en train d'être fait à droite.

Mais au final, ce qui pose question, c'est que ces affaires soient sorties. Il ne faut pas se leurrer, que ce soit pour Copé, Buisson ou Sarkozy, C'est arrivé dans les mains de la presse par porteur spécial, comme d'habitude. Si c'est la même source qui a réussi le triplé, je lui tire mon chapeau. Tout cela à trois semaines des élections municipales. Cela fait longtemps que l'on avait pas vu une barbouzerie politique aussi superbement bien menée ! J'ai quand même quelques doutes sur une coordination, mais si c'est une coïncidence, elle fait drôlement mal, à la droite, mais aussi à la classe politique dans son ensemble.

Et ce n'est peut être pas fini. Je serais surpris que les magistrats qui ont mis Sarkozy sur écoute n'aient ramené que cette histoire de magistrat véreux dans leurs filets...