Les députés viennent de prouver, une fois de plus, combien ils peuvent être pitoyables. Et combien la Presse est tout aussi minable dans son incapacité à relativiser le cirque parlementaire...

Pendant les questions au gouvernement, Manuel Valls a envoyé une pique à Claude Goasguen, député-maire UMP du XVIème arrondissement de Paris. Il l'a accusé d'avoir appartenu à l'extrême droite. Goasguen n'est pas de gauche, loin de là, et l'accuser d'avoir été proche de l'extrême droite, dans sa jeunesse, c'est relativement crédible. Rien de bien méchant donc, l'hémicycle a vu bien pire.

Sauf que c'est la dernière semaine avant la suspension des travaux du Parlement pour cause de municipales. La dernière occasion pour l'UMP de faire du cirque et de remplir une baignoire de mousse avec un gramme de savon. Les professionnels de la politique que sont les dirigeants du groupe UMP n'ont pas laissé passer l'occasion. Ils ont monté le truc en épingle de manière magistrale. Christian Jacob est descendu en salle des Quatre Colonnes, afin de se plaindre, devant les caméras, du comportement "inacceptable" du ministre de l'Intérieur. Un peu plus tard, c'est Claude Goasguen lui-même qui s'est déplacé, afin d'avoir son quart d'heure de gloire médiatique.

Comme on se faisait chier à mourir pendant cette séance de questions, et qu'il n'y avait rien de passionnant à se mettre sous la dent, les caméras se sont naturellement jetées sur cet incident comme la vérole sur le bas clergé. Les chaînes d'infos en continu passant l'incident en boucle, les autres médias se sont sentis obligés de traiter de ce sujet. Pour l'audiovisuel, c'est d'autant plus appréciable qu'il y a des images de bronca et de désordre. Ça fait toujours recette. Quand, en plus, les protagonistes viennent complaisamment relater l'affaire, comme des candidats de téléréalité après leur éviction, c'est que du bonheur.

Cadeau bonus, comme on est à la veille des municipales, et d'une période de disette parlementaire, l'UMP a décidé qu'elle boycotterait les séances de questions au gouvernement du mercredi 26 février (les dernières avant la suspension). Un bon moyen de faire monter la sauce médiatique...

Sauf que tout cela est à pleurer et relève de la comedia dell'arte, qui profite aux deux bords, sans le moindre risque.

Pour l'UMP, c'est la posture de la victime. Ils ont été insultés. Cela permet de créer l'incident, et donc d'exister médiatiquement. Parce que ce n'est certainement pas avec le travail de fond et la présence en séance que les députés UMP pourraient exister. Jacob fait son show dans les médias, Goasguen, en campagne pour sa réélection dans un arrondissement hyper-sûr, peut s'offrir une couronne de martyr. Le boycott de la séance du lendemain, ça ne coute rien. C'est même tout bénéfice ! Vu que l'Assemblée est en semaine dite "de contrôle", l'ordre du jour est à mourir d'ennui : que des débats sans vote. Les députés UMP qui sont venus cette semaine à Paris n'ont qu'une envie, repartir chez eux. La seule chose qui les retient, c'est la séance de questions, celle où on passe à la télévision. En leur offrant le prétexte pour la sécher, et donc rentrer plus tôt à la maison, le groupe UMP rend un fier service à ses membres. Je suis quasiment certain que le bureau des transports de l'Assemblée nationale a connu, cet après-midi, un pic de demandes de changement de billets de train et d'avion de la part des députés UMP...

Pour Manuel Valls, c'est également tout bénéfice. Il provoque une éruption de la droite, en accusant l'un d'entre eux d'être proche de l'extrême droite. Personne à gauche n'ira le lui reprocher, loin de là même. Il apparaît comme un héros, qui est allé au combat contre la droite. Sauf qu'il a pris un risque proche de zéro. Les UMP vont s'exciter un peu demain, puis vont rentrer chez eux. Quand ils reviendront, le 8 avril, ils auront complètement oublié l'incident, ils seront passés à autre chose. Au passage, il aura offert au gouvernement une séance de questions du 26 février très calme et paisible, puisque désertée par l'UMP. Enfin, l'UMP trouvant son intérêt à jouer la comédie de l'indigné, elle n'en voudra pas à Valls d'avoir si bien joué le rôle du "sparing partner".

Dans l'affaire, c'est la démocratie et l'image du Parlement qui y perd. Une fois de plus, la présence des caméras aura permis à l'opposition de faire son show, mais rien de plus. Où est la dignité ? Où est le rôle de fond du contrôle du travail gouvernemental ? Les téléspectateurs auront juste eu droit au spectacle de guignol. Certes joué par des acteurs talentueux et expérimentés. Mais enfin, ce n'est pas tout à fait ce que l'on attend des députés de la Nation...

Et après, on se plaint de l'antiparlementarisme. Les députés récoltent ce qu'ils sèment, et s'ils ont une mauvaise image, ils y sont un peu pour quelque chose. Plutôt que de se plaindre sur le lait renversé, sur le fait qu'on les chicane sur les indemnités et leurs frais de mandats, ils devraient peut être commencer par se préoccuper de l'image qu'ils donnent, qui n'est pas vraiment en adéquation avec le sérieux dont ils aimeraient se parer.