Il n'aura pas fallu 24 heures au gouvernement pour baisser son pantalon. Après le succès d'une nouvelle manifestation de la droite réactionnaire (80 000 personnes quand même), Le gouvernement annonce le report d'une loi qui aurait déjà dû être déposée. Il renie également l'engagement pris en janvier 2013 d'inscrire la question de la procréation médicalement assistée dans ce texte sur la famille qui ne verra sans doute jamais le jour. Après une telle reculade, ce n'est même plus la peine d'espérer la moindre réforme sociétale d'ici la fin du quinquennat...

Le gouvernement prend acte du fait que la droite réac (que je ne confonds pas avec l'extrême-droite, même si les passerelles existent) pèse réellement quelque chose en France. On peut ne pas être d'accord avec leurs positions (c'est mon cas) et reconnaitre néanmoins qu'ils sont une force politique avec laquelle il faut compter. Que le mouvement soit, un an après les grandes manifestations contre le mariage pour tous, encore capable de mobiliser 80 000 personnes sur un épouvantail aussi peu crédible que la "théorie du genre", c'est un signe important. La droite réac est de retour en France, et ce n'est pas un épiphénomène, c'est un mouvement de fond, sans doute né il y a déjà quelques années, et qui risque encore de durer un peu.

Leur force n'est pas tellement leur nombre, car finalement, ils ne pèsent pas tant que cela dans les urnes, mais leur capacité à se mobiliser. Ce mouvement est socialement très typé et mobilise peu en dehors de la bourgeoisie conservatrice. Pour un gouvernement de gauche, cela peut paraitre insignifiant, car ce sont à une très forte majorité, des gens qui n'ont jamais voté à gauche et ne sont pas prêt de le faire. Ce qui est ennuyeux pour la gauche est qu'ils sont très mobilisés, et que François Hollande a quasiment tout fait pour dégouter une partie de ses supporters et les faire rester à la maison aux prochaines échéances. Or une élection, ça se joue sur la capacité à mobiliser ses électeurs.

Ce qui est aussi ennuyeux pour la gauche, c'est que ce mouvement est en train de se doter d'une armature intellectuelle. Certes, c'est très réactionnaire (au sens premier du terme) mais on aurait tort de ne voir qu'un gloubi-boulga intellectuel derrière les élucubrations de certains sur le "djendeur". Ce mouvement est une contestation violente de l'effacement de la différence de genres dans la culture occidentale. C'est la protestation anthropologique en faveur du maintien d'une construction sociale basée sur la différence entre masculin et féminin, impliquant des rôles différenciés, et donc une place différente pour l'homme et la femme.

Finalement, le refus du mariage des personnes du même sexe n'est pas forcement que de l'homophobie, mais peut aussi être vue comme l'évènement qui a permis de cristalliser le refus, jusque là diffus et mal structuré intellectuellement, de l'effacement de la différence entre les genres. On est encore au stade de l'éruption contre une évolution, mais on passera sans doute prochainement à un début de structuration intellectuelle, présentant une véritable alternative anthropologique. Il aura des intellectuels pour "penser" une nouvelle répartition des rôles, une organisation de la société qui ne sera plus celle qu'elle était dans les années 60, tout en restant basée sur la différence entre les genres.

De profondément réactionnaire, ce mouvement peut se transformer en force de proposition d'une alternative à l'idéologie dominante depuis les années 70, et dont la prise de pouvoir symbolique se fait en mai 68. Ce n'est pas fait et il reste du chemin, mais le succès de l'enracinement du mouvement est un signe que cela devient possible...