On s'agite beaucoup autour du cas de l'humoriste Dieudonné et de sa fameuse "quenelle". Cela prend même des proportions assez hallucinantes de la part du gouvernement, qui met de l'huile sur des braises. Comme d'habitude, le débat public se déroule sur de fausses questions...

Dieudonné n'est qu'un symptôme d'un mal plus profond, généré par les choix de société de la France. Ce mal, c'est celui de l'exclusion, qui est le sous-produit de notre fameux "modèle social" français, celui qui sécurise les insiders au détriment des outsiders. Travail, logement, prestations sociales, mieux vaut être dans la place que de frapper à la porte. Ajouter à cela une stigmatisation culturelle de ces populations majoritairement exclues, et vous obtenez Dieudonné, et encore, Dieudonné est gentil à coté de ce que ça pourrait être.

Comment peut-on imaginer que des gens se laissent exclure, économiquement, socialement ou psychologiquement, sans réagir et sans protester ? En période de crise économique, la réaction est encore plus violente. Dieudonné n'est que la partie médiatiquement émergée de l'iceberg d'une détresse sociale. Il n'a donc aucun mal à fédérer autour de lui, avec un discours où il brocarde les symboles des "dominants" et prend pour cible un groupe, les juifs, qui donne l'image d'être des insiders parmi les insiders. La posture de Dieudonné et de ses supporters, c'est un crachat des exclus à la figure de ceux qu'ils sont considèrent comme des "nantis" et qu'ils exècrent parce qu'ils occupent une place qui leur est refusée. Il n'y a pas la moindre profondeur intellectuelle et encore moins de capacité à représenter une alternative au pouvoir en place. Le FN est un peu plus dangereux.

Dieudonné est avant tout un type en mal de reconnaissance. Rappelez-vous, au début de sa carrière, il est un bon petit "Guy Bedos", qui fait dans l'anti-FN, qui se présente à Dreux en 1997, qui anime en France un collectif anti-Haider. Et puis la reconnaissance attendue n'étant pas venue, il a basculé de l'autre coté, où les affaires marchent beaucoup mieux. Cela n'aurait pas été Dieudonné, cela aurait été un autre qui aurait servi de porte-voix aux exclus que notre pays fabrique et entretient. Se concentrer sur la personne de Dieudonné, c'est comme regarder le doigt du sage qui montre la lune.

Le vrai problème, c'est la fermeture de la société française, le refus d'intégrer. Pas seulement les étrangers, ceux qui ont une autre religion, mais aussi les jeunes, les vieux, les gros, les habitants de certains quartiers. La France ne fait plus assez société, et c'est ça qui génère des frustrations. Dieudonné n'est que l'expression de cette frustration, le porte-drapeau de ceux qui estiment (à juste titre ou pas) qu'on ne leur donne pas la place à laquelle ils estiment avoir droit. Malheureusement, le gouvernement ne semble pas capable de prendre conscience de cela. Au lieu de traiter le fond du problème, Manuel Valls fait la courte échelle à Dieudonné, en lui donnant le brevet de martyr qu'il demande. Si c'est juste pour ressouder les troupes à gauche, en leur donnant un bon gros méchant à détester, c'est triste.

La classe politique de ce pays est vraiment tombée bien bas...