L'express a révélé que le père biologique de Marion Maréchal-Le Pen est Roger Auque, un journaliste. Cela soulève un tollé, pourtant, j'estime que l'Express a eu raison de le faire, quand bien même il s'agit d'un élément personnel pouvant relever de la vie privée.

Le fait d'apprendre cela n'a en rien changé mon opinion sur Marion Maréchal Le Pen. Que l'homme dont elle porte le nom ne soit pas son père biologique, mais celui qui, ayant épousé la mère, adopte aussi l'enfant, c'est fréquent. Il n'y a pas à en avoir honte ni à en rougir, à moins de militer dans un parti politique qui réprouve les naissances hors mariage et les entorses à la morale "catholique", où cela peut être gênant. Il se trouve que Marion Maréchal-Le Pen est une élue du Front national, parti réputé pour son attachement à une morale traditionnelle, où justement, on peut regarder de haut et avec condescendance le fait d'être né hors mariage. C'est donc une information pertinente au regard du positionnement politique de Marion Maréchal-Le Pen.

De manière générale, je suis favorable à un dévoilement de la vie privé des élus, à partir du moment où l'information permet de comprendre le pourquoi et le comment de leurs actions, de leurs motivations. Savoir qu'un politique a connu un traumatisme dans son enfance peut donner une clé pour comprendre son action et sa manière d'exercer le mandat qui lui a été confié. On rejoint ici, par une voie un peu détournée, la question de la prévention des conflits d'intérêts. Les citoyens doivent savoir qui sont leurs élus, et toute information leur permettant d'apprécier la manière dont ils remplissent leur mandat doit être publique.

Au même titre que le patrimoine et les activités professionnelles, les liens familiaux sont une source potentielle de conflits d'intérêts. Un lien père-fille fait partie de ceux qui peuvent générer un conflit d'intérêt. Marion Maréchal-Le Pen savait qui était son père, l'avait rencontré et apparemment, le voyait régulièrement. A partir du moment où un tel lien existe, il doit être public.

Quand on veut faire de la politique, il faut accepter d'abandonner une partie de sa vie privée, de devoir se dévoiler. C'est une tendance de fond. Si on veut préserver sa vie privée, il y a un moyen très simple : ne pas faire de politique. Personne n'est obligé de se présenter aux élections...